Vladimír Remek, le premier Tchécoslovaque dans l’espace

Il y a tout juste 40 ans, la Tchécoslovaquie devenait le troisième pays au monde, après les Etats-Unis et l’Union soviétique, à envoyer un de ses citoyens dans l’espace. Il s’agissait du pilote de chasse Vladimír Remek qui a décollé le 2 mars 1978 vers les étoiles à bord d’un vaisseau soviétique, dans le cadre de la mission Soyouz 28.

Vladimír Remek et Alekseï Goubarev, photo: ČT24Vladimír Remek et Alekseï Goubarev, photo: ČT24 L’Agence spatiale européenne le considère comme le tout premier spationaute européen. Vladimír Remek était le 87e homme dans l’espace, après 43 cosmonautes soviétiques et 43 autres ressortissants américains. En équipe avec le cosmonaute russe Alekseï Goubarev, il est resté en orbite 7 jours, 22 heures et 17 minutes.

L’histoire du voyage de Remek dans le cosmos remonte à 1976, lorsqu’il est sélectionné, avec son compatriote Oldřich Pelčák, pour un difficile entraînement de quinze mois. Ce n’est toutefois que quelques jours avant le décollage que l’on décide finalement laquelle des deux équipes de cosmonautes comprenant chacune un Tchécoslovaque effectuera un vol dans l’espace. A l’époque, on racontait que Vladimír Remek, diplômé de l’Académie de l’armée de l’air Youri Gagarine à Moscou, avait été choisi parce qu’il était un véritable Tchécoslovaque, sa mère étant tchèque et son père slovaque.

Vladimír Remek, photo: ČT24Vladimír Remek, photo: ČT24 Quoi qu’il en soit, c’est donc Vladimír Remek qui embarque, le 2 mars 1978, dans le lanceur Soyouz au cosmodrome de Baïkonour, situé dans l’actuel Kazakhstan. Agé aujourd’hui de 69 ans, cet ancien eurodéputé du parti communiste et jusqu’à récemment ambassadeur tchèque à Moscou se souvient de cette mission :

« Cette expérience unique, je ne peux pas l’oublier. Je suis issu d’une génération qui se souvient de l’époque où on ne volait pas dans l’espace, et on n’envoyait pas de satellites. Le premier satellite a décollé en 1957, alors que j’avais neuf ans. Cet événement m’a beaucoup marqué. Au moment du vol de Gagarine, j’avais treize ans et je fréquentais un atelier d’astronomie pour enfants au planétarium de Brno. Comme beaucoup de garçons, je rêvais de devenir cosmonaute. Mais je ne pouvais pas imaginer tout ce qu’il fallait faire pour y parvenir. Je ne pourrai donc jamais oublier ce 2 mars… »

Vladimír Remek (à gauche), photo: ČTKVladimír Remek (à gauche), photo: ČTK Vingt-neuf heures plus tard, le vaisseau rejoint avec succès un module de la station spatiale soviétique Saliout 6. Suivi grâce à la Télévision tchécoslovaque par des millions de gens, Vladimír Remek peut alors s’adresser en tchèque à ses compatriotes sur la Terre :

« Chers concitoyens, camarades, pour la première fois dans l’histoire, un citoyen de la République socialiste tchécoslovaque peut s’adresser à vous depuis l’espace. Mon souhait a été exaucé, je suis un cosmonaute. Je voudrais exprimer mes remerciements pour ses heureux moments. »

Sur la station Saliout 6, Vladimír Remek et Alekseï Goubarev mènent différents projets scientifiques, préparés par des savants russes et tchécoslovaques, comme par exemple l’oxygénation des tissus, la reproduction des algues ou la fonte des métaux en état d’apesanteur.

Les cosmonautes rentrent sur Terre huit jours plus tard, le 10 mars 1978. Le vol de Vladimír Remek, qui lui a valu différentes distinctions et en a fait une véritable icône, a servi la propagande du régime communiste qui le désigne comme un exemple vivant de « l’amitié tchécoslovaco-soviétique ». Vladimír Remek voit toutefois la principale contribution de cette mission ailleurs :

« Cela a été un moment très important pour la Tchécoslovaquie car la moitié de la population mondiale a parlé de notre pays. Nous étions assez actifs dans les différents programmes cosmiques et le sommes toujours. Mais ce vol a représenté une certaine initiation même pour d’autres pays. Nous avons été en quelque sorte les pionniers de l’ère des vols spatiaux internationaux. Aujourd’hui, plus de 50 pays participent à différents voyages spatiaux. Malheureusement, après moi, il n’y a plus jamais eu aucun autre spationaute tchèque. Mais j’espère que cela viendra. »

Et pour motiver d’éventuels successeurs, Vladimír Remek présente quelques souvenirs en particulier de son aventure :

Vladimír Remek, photo: Štěpánka BudkováVladimír Remek, photo: Štěpánka Budková « L’un des moments les plus forts était de voir que la Terre est vraiment ronde. Bien évidemment, j’y croyais. Mais il est très excitant de le voir de ses propres yeux. Du haut de cette altitude de quelque 350 ou 400 kilomètres, vous ne voyez pas la Terre toute entière, comme c’est le cas pour le Soleil et la Lune. Vous voyez une partie de la surface et vous vous rendez compte de son relief. J’ai donc pu observer différents phénomènes ayant lieu sur Terre et dans ses environs, comme les contrastes entre des glaciers et des vallées dans le Sud, l’embouchure de l’imposant fleuve Amazone dans l’océan, mais aussi une superbe aurore polaire et d’autres encore. »

Aujourd’hui, la République tchèque participe à plusieurs programmes spatiaux organisés notamment par l’Agence spatiale européenne dont elle est membre depuis bientôt dix ans. Pour l’instant toutefois, seules des technologies tchèques sont envoyées dans l’espace…