Faits et événements Vive les champignons !
Drôle d'été, sans doute, du moins en République tchèque : le soleil ne perce que très rarement la couche de nuages et on n'ose plus se promener sans parapluie. Les tour-opérateurs se frottent les mains : jamais, les voyages de dernière minute en Grèce, en Tunisie ou en Egypte ne se sont mieux vendus. Mais le malheur des uns fait le bonheur des autres. Eh oui, une bonne partie de la population tchèque se réjouit des petites pluies et des températures douces. Les cèpes, bolets, russules et lépiotes sont les rois de cet été et les « houbari », leurs fervents ramasseurs, sont en train de passer une saison de rêve. Portrait de ce peuple aux paniers et aux chaussures en caoutchouc.
Photo: CTK
Au coeur de l'Europe, « houbareni », la cueillette, la préparation et la
consommation des champignons sont, réellement, un phénomène. Les « houbari » ont leurs sites Internet, leurs périodiques et rencontres régulières. Ils
organisent aussi plusieurs expositions de champignons par an - la
principale, visitée par des foules de mycologues amateurs, a lieu à la
rentrée, donc en plain coeur de la saison, au palais Zofin, à Prague. Sa
prochaine édition se déroulera du 10 au 12 septembre. Les connaisseurs de
champignons sont rassemblés au sein de l'Organisation mycologique tchèque,
organisme qui existe depuis 1921 et qui a ses branches dans une vingtaine
de communes. Les plus grands spécialistes en la matière donnent des
conseils aux mycophiles au sein de centres anti-empoisonement situés à
Prague, Brno et Ceske Budejovice. Des conseils, il en faut bien : chaque
année, on dénombre quelque 300 cas d'intoxication par des champignons,
dont deux ou trois mortels.
Photo: CTK
Mais passons aux choses nettement plus agréables : si la cuisinière n'a
pas confondu le champignon de Paris avec l'amanite, vous vous régalerez à
table. Celui qui n'a pas goûté la sauce crémeuse aux champignons,
accompagnée, bien sûr, de quenelles et de tranches de filet de boeuf, ne
sait rien de la gastronomie tchèque. Impossible de ne pas citer « hladka
ancka », cette soupe un peu aigre aux nonettes et aux girolles, « houbovy
kuba », un mélange d'orge perlé et de champignons, dégusté souvent à Noël,
ou encore, la fameuse « smazenice » que même les cuisiniers du dimanche
sauront préparer : il suffit de faire revenir les champignons frais avec
de l'oignon et des oeufs.
Il existe des gens qui ont su élever la recherche des champignons... j'ose
même dire au rang de l'art, qui lui donnent un autre sens. Prenons
l'exemple de Tomas Papousek de Ceske Budejovice, auteur d'un atlas
photographique des champignons qui pèse presque 4 kilos. L'auteur l'a
édité lui-même et le vend à son domicile. Prenons, enfin, un autre
exemple, celui du sociologue Jirina Siklova qui a fait part de sa passion
de mycophile aux lecteurs du journal Cesky rozhlas. Pour elle, les
champignons sont un cadeau qui nous est offert, sans qu'on y soit pour
quelque chose, par la nature. Ils nous renvoient à nos aïeux qui vivaient
des fruits, des racines et des herbes. Ils nous invitent à déambuler dans
les bois et les prés. Ils nous disent, je pense, ce qu'on doit faire pour
garder un esprit sain, à une époque où cela n'est pas facile du tout.
Merci, cèpes et bolets !







