Faits et événements Vitezslava Kapralova, une jeune femme dans le domaine des hommes
Il y a 90 ans naissait à Brno, Vitezslava Kapralova, femme qui allait s'imposer dans un domaine habituellement réservé aux hommes. Elle allait devenir compositeur.
Vitezslava Kapralova
Tout était précoce dans la vie de Vitezslava, dite Vitka Kapralova. A cinq
ans elle joue déjà avec son père du piano à quatre mains, à neuf ans elle
signe sa première composition. Enfant, elle est souvent malade mais cela
ne l'empêche pas de développer son talent avec une étonnante énergie.
C'est contre la volonté de son père, compositeur lui aussi, qu'elle étudie
la composition et la direction d'orchestre aux conservatoires de Brno et de
Prague. Et c'est à 22 ans qu'elle dirige l'Orchestre philharmonique tchèque
en interprétant La Sinfonietta militaire qu'elle a créée et dédiée au
président Edvard Benes pour manifester son soutien à sa patrie menacée par
le nazisme. Comme si elle savait qu'il ne lui restait que peu de temps.
En 1937, elle arrive à Paris. Elle y étudie avec Nadia Boulanger, Charles Münch mais surtout avec Bohuslav Martinu, le compositeur tchèque établi depuis quelque temps en France, marié et de vingt-cinq ans son aîné. Les rapports entre le compositeur déjà célèbre et la jeune adepte de l'art de la composition se transforment bientôt en une amitié profonde et en amour. Martinu ne sera d'ailleurs pas le seul à être sensible au charme de la jeune femme, fragile et capricieuse, mais aussi consciencieuse et persévérante. Plusieurs jeunes hommes, dont le jeune écrivain Jiri Mucha, fils du célèbre peintre Alphonse Mucha, tournent autour d'elle, semblables à des papillons attirés par sa flamme.
Vitezslava Kapralova
Le lien qui unit Vitka à Martinu est cependant privilégié. Le compositeur
l'appelle "Vitulka ou Pisnicka - Chansonnette", elle est sa muse
mais aussi sa partenaire qui le comprend et est capable de faire fructifier
ses leçons avec une maîtrise et une originalité étonnantes. Ils s'inspirent
mutuellement, ils composent ensemble, ils s'aiment mais leur liaison est
sans espoir. En avril 1940, Vitka, dont la santé se détériore subitement,
épouse Jiri Mucha et fuit avec lui pour échapper à l'armée allemande qui
va occuper Paris. Elle succombe à sa maladie, probablement la tuberculose,
en juin de la même année à Montpellier, à l'âge de 25 ans.
Elle laisse plusieurs oeuvres qui témoignent de son talent exceptionnel : la Sinfonietta militaire, un quatuor à cordes qui, malgré sa parenté avec Janacek et Martinu, est une oeuvre mûre et accomplie, Préludes d'avril, un cycle de compositions pour piano d'une finesse et d'une sensibilité très particulières, Partita pour piano et orchestre à cordes et autres. Son souvenir restera gravé aussi dans l'âme de Bohuslav Martinu. C'est en pensant à elle qu'il composera sa cantate "Réveil des sources", oeuvre qui devait glorifier, selon ses propres termes, "le plateau Vysocina avec tous ses ruisseaux et ses fontaines dans une composition simple, pleine de voix d'enfants, de rires cristallins comme celui de Vitulka ..."








