Vít Bárta et Jaroslav Škárka condamnés : un verdict sans précédent en République tchèque

Ce vendredi, à Prague, est tombé le verdict dans le très suivi procès de Vít Bárta, ex-ministre des Transports et actuel chef du groupe parlementaire du parti gouvernemental Affaires publiques. Personnage influent et controversé sur la scène politique locale, Vít Bárta a été condamné à 18 mois de prison avec sursis pour corruption. Le député, ancien président et vice-président des Affaires publiques, Jaroslav Škárka, a, lui, été condamné pour fraude à trois ans de prison ferme, et ce alors même que la procureure de la République avait réclamé des peines avec sursis, des peines qualifiées de « préventives » pour les deux hommes politiques.

Vít Bárta, photo: CTKVít Bárta, photo: CTK Un verdict qui a créé la surprise – c’est le moins que l’on puisse dire. Cette affaire de corruption au sein de la plus petite des trois formations de la coalition gouvernementale remonte à avril 2011 : le fondateur du parti Affaires publiques et ancien directeur d’une société privée de surveillance Vít Bárta était accusé d’avoir cherché à acheter la loyauté de deux membres de son parti, les députés Kristýna Kočí et Jaroslav Škárka, en échange de fortes sommes d’argent en liquide. Jaroslav Škárka, qui a été le premier à dénoncer publiquement le « comportement de corruption » de Vít Bárta, a curieusement été condamné, pour fraude, à une peine beaucoup plus lourde que ce dernier. Selon le juge, Jaroslav Škárka a accepté les sommes proposées par Vít Bárta avec pour objectif de « discréditer » l’homme fort du parti « dans la vie publique et politique ». Le tribunal du 5e arrondissement de Prague lui a également interdit d’exercer les fonctions de député pendant dix ans.

Le verdict a été salué par de nombreuses personnalités publiques, dont l’ancienne juge constitutionnelle Eliška Wagnerová. Nous écoutons la réaction de Petr Fischer, commentateur de la Télévision tchèque :

Vít Bárta et Jaroslav Škárka, photo: CTKVít Bárta et Jaroslav Škárka, photo: CTK « C’est une décision d’une importance capitale pour la politique tchèque qui n’a encore jamais vécu quelque chose de semblable : deux députés ont été condamnés, dont un à une peine de prison ferme. Effectivement, un ministre social-démocrate, Ivo Svoboda, avait déjà été condamné par le passé, à cinq ans de prison, mais à l’époque, il n’était plus en poste et il n’avait pas été député. Ce qui vient de se passer est donc vraiment exceptionnel, même si le procès n’est pas encore tout à fait terminé. Il fera encore un grand débat. »

Effectivement, le procès n’en est pas encore à sa fin, les deux condamnés ayant fait appel. Pour le Parti social-démocrate, en tête de l’opposition, la décision du tribunal est une nouvelle impulsion à l’organisation d’élections législatives anticipées. Nous écoutons le chef du parti, Bohuslav Sobotka :

« La social-démocratie appelle le Parti civique démocrate et TOP 09 à mettre fin à la coalition gouvernementale avec le parti Affaires publiques. Nous ne pouvons pas accepter qu’un parti qui s’est à tel point discrédité, un parti qui n’est absolument pas crédible et qui possède à sa tête une personne condamnée pour corruption, fasse partie du gouvernement. La proposition de la social-démocratie de convoquer des élections législatives anticipées est plus actuelle que jamais. Ce serait la meilleure solution. »

Jaroslav Škárka, photo: CTKJaroslav Škárka, photo: CTK Le Premier ministre et président du Parti civique démocrate ODS, Petr Nečas, a tout de même déclaré que le verdict du tribunal ne signifiait pas la fin de la collaboration des trois partis de la coalition. Néanmoins, le chef du gouvernement s’attend à ce que Vít Bárta se retire de la vie politique. Ce dernier a en effet annoncé, ce vendredi, qu’il allait démissionner du poste de chef du groupe parlementaire des Affaires publiques et suspendre son appartenance au parti. Son collègue Jaroslav Škárka, lui, a quitté la salle d’audition sans aucun commentaire. Vendredi après-midi devait se réunir la direction des Affaires publiques qui, selon les derniers sondages, n’obtiendrait actuellement plus que 2% des intentions de vote et aurait donc des chances minimales d’accéder au Parlement.