Vers une reprise des discussions entre ANO et la social-démocratie ?

Deux pas en avant et trois pas en arrière, c’est l’impression que donnent les tractations du mouvement ANO en vue de négocier la formation d’une coalition gouvernementale. Jeudi soir, le comité exécutif du mouvement d’Andrej Babiš a appelé à la reprise des discussions avec la social-démocratie (ČSSD), qui avaient pourtant tourné court il y a à peine une semaine.

Andrej Babiš, photo: ČTKAndrej Babiš, photo: ČTK Depuis sa très nette victoire aux élections législatives d’octobre 2017, le mouvement ANO d’Andrej Babiš semble naviguer à vue. Son gouvernement minoritaire a sans surprise échoué à obtenir la confiance des députés en janvier dernier et il a donc ensuite placé ses espoirs dans la formation d’une coalition gouvernementale avec les sociaux-démocrates, cabinet qui serait soutenu par les communistes.

Las, ces négociations ont fini en eau de boudin la semaine passée, chaque parti attribuant la responsabilité de cette déconfiture à l’autre. Après une rencontre mardi avec le chef de l’Etat Miloš Zeman, le Premier ministre démissionnaire Andrej Babiš apparaissait prêt à s’orienter vers une autre piste, celle soutenue par le président d’une alliance avec le parti communiste et avec le parti d’extrême-droite de Tomio Okamura, le SPD. Une option qui suscitait l’aversion de nombreux membres du mouvement ANO, à tel point que le comité exécutif de la formation de M. Babiš l’a donc rejetée ce jeudi pour appeler à la reprise du dialogue avec la social-démocratie.

Jiří Pospíšil, photo: ČTKJiří Pospíšil, photo: ČTK Dans l’opposition de droite, on critique ces revirements successifs. Jiří Pospíšil, le président des conservateurs de TOP 09, estime qu’Andrej Babiš n’a pas voulu compromettre son image sur la scène européenne :

« Je suis persuadé qu’une coalition entre ANO et la social-démocratie peut difficilement voir le jour. Si elle veut exister, elle va encore avoir besoin du soutien discret des communistes, c’est évident. Du point de vue de la politique internationale, c’est paradoxal mais le mouvement de Tomio Okamura nuit plus à l’image de M. Babiš au sein de l’Union européenne que le parti communiste. »

Réunie ce vendredi, la direction sociale-démocrate, accusée d’amateurisme dans la façon dont elle a conduit les discussions avec ANO, s’est dite prête à reprendre les négociations. Selon son leader Jan Hamáček, le ČSSD, parti qui tente de se reconstruire après la déroute électorale des législatives, attend toutefois un geste :

« Pour ce qui nous concerne, nous attendons un appel de la part du mouvement ANO et nous espérons que cet appel comprendra une ébauche des conditions de reprise des discussions. Pour l’heure, nous n’avons rien d’officiel. Mais si nous recevons une offre, nous sommes disposés à y répondre. »

D’après M. Hamáček, les conditions de son parti à la formation d’une coalition n’ont pas changé. Si Andrej Babiš reste le Premier ministre malgré les poursuites judiciaires à son encontre dans une histoire de détournement présumé de fonds européens, les sociaux-démocrates veulent obtenir le ministère de l’Intérieur, pour garantir l’indépendance de l’enquête, ou bien celui des Finances, et idéalement les deux. Autant d’exigences que le mouvement ANO n’était jusqu’alors pas enclin à satisfaire.

Vojtěch Filip, photo: ČTKVojtěch Filip, photo: ČTK Le président des communistes, Vojtěch Filip, n’est pas mécontent de la tournure des événements. Il aimerait bien pointer le bout de son nez à la table des négociations :

« Je suis heureux que les négociations menées depuis quasiment le mois de janvier vont avoir un résultat. Evidemment, tout dépend des points sur lesquels il n’y a pas eu d’accord lors de la première phase des discussions. Mais je suis certain que si les pourparlers se déroulent à trois, un accord sera trouvé. »

Cela dépendra surtout de la volonté de M. Babiš de satisfaire ou non aux demandes sociales-démocrates. Une rencontre entre ANO et la social-démocratie est prévue lundi. En cas de nouvel échec, le chef de l’Etat pourrait décider de confier la formation d’un gouvernement à quelqu’un d’autre. Le pays pourrait aussi prendre le chemin de législatives anticipées. Il s’enfoncerait en tout cas un peu plus dans la crise politique.