Faits et événements Václav Klaus et la signature du Traité de Lisbonne : le doute s’installe
Depuis la déclaration de Václav Klaus vendredi dernier, où le président tchèque a imposé une nouvelle condition avant de signer le Traité de Lisbonne, la ratification de ce dernier en République tchèque est de plus en plus incertaine. Mardi, le Premier ministre Jan Fischer s’est rendu à Bruxelles pour essayer de calmer les esprits et attester de sa bonne volonté. Les juristes des Vingt-sept, à Bruxelles comme à Prague, s’efforcent de trouver une solution à une situation qui paraît de plus en plus bloquée, tandis que le président joue de son pouvoir et laisse quelque peu entendre que, quoiqu’il arrive, il ne signera pas.
Jan Fischer, photo: CTK
La visite du Premier ministre à Bruxelles, mardi, a sûrement été une
des plus inconfortables qu’il ait connues depuis sa nomination à la
tête du gouvernement tchèque. Jan Fischer s’est rendu dans la capitale
européenne pour négocier la requête du président Klaus, qui souhaite
une dérogation pour la République tchèque sur la Charte des droits
fondamentaux, estimant que l’application de celle-ci pourrait être
utilisée pour la remise en cause des décrets Beneš. Ceux-ci ont permis
l'expulsion et l'expropriation de millions d'Allemands et de Hongrois des
régions frontalières après la Seconde Guerre mondiale. Jan Fischer a
réaffirmé à Bruxelles qu’il s’accordait avec la Commission
européenne et les représentants des Vingt-sept pour que ces négociations
n’entraînent en rien la réouverture des processus de ratification dans
les autres pays européens. A Prague, lundi, il avait demandé
officiellement au président de la République des garanties d’apposer
sans délai sa signature si ses conditions – une dérogation sur la
Charte des droits fondamentaux et la conformité avec la constitution
tchèque – étaient remplies.
Michal Tomášek
A Bruxelles comme à Prague, la requête du président Klaus suscite un
certain nombre de problèmes juridiques, même si la majeure partie des
juristes, tchèques comme européens, s’accordent sur le fait que
l’utilisation du spectre des décrets Beneš est juridiquement infondée.
C’est ce qu’explique Michal Tomášek, professeur à la faculté de
droit de l’Université Charles de Prague, où il dirige la chaire de
droit européen :
« Je peux seulement affirmer que le droit européen n’est pas rétroactif. Cela veut dire que le Traité de Lisbonne, s’il entre en vigueur à partir de 2010, ne s’appliquera qu’à partir de 2010, et qu’il ne pourra agir sur aucune relation juridique qui a existé avant. Par exemple, il est impossible qu’il s’applique aux décrets Beneš de l’après-guerre. Le principe de non rétroactivité est un principe de base du droit. »
En rentrant de sa visite bruxelloise, le Premier ministre a du faire face à une deuxième mauvaise nouvelle ; le président, resté quelque temps silencieux, a fait savoir, via son secrétaire, Ladislav Jakl, qu’il ne donnerait aucune garantie à sa signature. On écoute Ladislav Jakl à la télévision tchèque :
« Le président n’a jusqu’à présent obtenu aucune garantie que les choses vont évoluer dans le sens qu’il souhaite. Il a obtenu l’assurance d’une bonne volonté, que les négociations iront dans le bon sens, mais un échange de promesse contre une garantie, ce n’est pas une bonne affaire. »
Après l’appel de quelques hommes politiques tchèques, et surtout de
diplomates et représentants européens, d’autres solutions face à
l’obstacle Klaus commencent à être étudiées. Selon certains juristes,
la signature du président n’est pas indispensable pour la ratification
du Traité, à condition toutefois que le président en donne
l’autorisation et qu’il mandate un autre responsable politique – le
Premier ministre par exemple – pour qu’il appose sa signature à sa
place. Cette solution reste néanmoins contestée et ne résout pas le fond
du problème. Selon le professeur Tomášek, des modifications du Traité
pourraient avoir lieu après sa ratification:
« A mon avis, la meilleure solution serait que le président reçoive l’assurance des représentants des membres de l’Union européenne qu’ils s’occuperont de ses propositions, pas seulement sur le plan politique mais aussi sur le plan juridique. Cela veut dire qu’il y aurait une révision possible du Traité de Lisbonne. Dans cette hypothèse, le président ratifierait le Traité, et la République tchèque, comme Etat membre, proposerait quelques changements dans le Traité de Lisbonne qui seraient acceptables pour la République tchèque, et que le président estime indispensables. »
Václav Klaus, photo: CTK
Selon un journaliste du quotidien britannique The Times, le président
Klaus, alors qu’il se trouvait dans la ville de Pardubice, aurait laissé
échapper quelques mots assurant que quoiqu’il arrive, il ne signerait
pas. L’information a été démentie, mais les médias sont de plus en
plus pessimistes. Le président Klaus a jusqu’au 27 octobre pour faire
part de sa décision définitive, date à laquelle la Cour
constitutionnelle rendra son verdict sur la plainte déposée contre le
Traité de Lisbonne par dix-sept sénateurs ODS.








