Une visite dans les studios de cinéma Barrandov : les décors (1)

Les chapelles, sculptures, jardins, palais, voire même les villes entières que nous voyons dans différents films sont en réalité des morceaux de polystyrène et de bois. Dans notre nouvelle série estivale, nous vous proposons de visiter le « Hollywood tchèque » ou le « Hollywood de l’Est », les studios de cinéma pragois Barrandov, et de découvrir ce qui se cache derrière le tournage d’un film. Pour ce premier épisode direction justement les ateliers où sont créés les décors.

Štěpán Červený, photo: Ondřej TomšůŠtěpán Červený, photo: Ondřej Tomšů « Nous nous trouvons dans l’atelier du stucateur. Ici, nous fabriquons différents moulages en plâtre et nous y travaillons avec de la mousse de polyuréthane, avec de la résine et avec du polystyrène. »

Štěpán Červený est le directeur du département décor :

« La mousse de polyuréthane sert à fabriquer des objets qui sont en hauteur. Ces objets peuvent parfois tomber. Mais cette mousse est très légère et ne peut blesser personne. Le polystyrène, pour sa part, sert à la fabrication des objets volumineux, comme les corniches ou les coupoles de différentes chapelles. Avec cette matière, il est aussi possible de sculpter des statues ou de faire des murs, etc. Nous avons des ferronniers, des forgerons, des menuisiers, des stucateurs, des sculpteurs, des décorateurs, des peintres, des vernisseurs, et d’autres professions encore. Vous passez la porte et vous quittez la forge pour vous retrouver dans un atelier de menuiserie. Tout se trouve sur un même endroit. Cela est très important afin de pouvoir bien gérer un temps qui nous fait plutôt défaut. »

Les décors sont un élément essentiel du tournage d’un film. Pourtant, les studios de cinéma ayant leurs propres ateliers de décors sont plutôt une exception en Europe. C’est une des raisons pour lesquelles Prague est devenue une destination populaire pour les cinéastes étrangers, avec des films comme Mission Impossible, Hellboy, L’Illusionniste, Aliens vs Predator ou Casino Royale, une aventure de l’espion britannique James Bond.

Les studios de cinéma Barrandov, photo: Ondřej TomšůLes studios de cinéma Barrandov, photo: Ondřej Tomšů Parfois, la fabrication des décors peut s’étaler sur plusieurs mois. Dans la plupart des cas, le temps joue toutefois un rôle crucial pour le client, comme l’explique Štěpán Červený :

« Il est nécessaire d’utiliser les matériaux que nous pouvons façonner facilement puisque nous n’avons pas beaucoup de temps. Le matériel de base, c’est le bois, puis différents panneaux de fibres de bois comme le MDF, l’isorel, ou encore le polystyrène et le plâtre. Après, tout dépend de comment nous les colorons. »

Les décorateurs tchèques, qui jouissent d’une bonne réputation dans le monde, participent régulièrement à de projets d’envergure :

« Actuellement, les décors les plus volumineux sont ceux pour la série américaine Nightfall. Nous avons construit toute une ville dont les dimensions sont de 250 mètres de long sur 150 mètres de large. Nous avons construit aussi des villes entières pour les films Les Misérables et Oliver Twist ou pour la série Borgia. Il s’agissait de grands complexes de villes et de quartiers, avec de nombreuses ruelles. Quant aux décors mobiles, nous avons construit, en 2012, dans le cadre du projet Snowpiercer, un train de cent mètres avec quatre wagons. »

Les studios de cinéma Barrandov, photo: Ondřej TomšůLes studios de cinéma Barrandov, photo: Ondřej Tomšů Ce qui est néanmoins le plus surprenant, c’est la précision avec laquelle sont fabriqués ces décors. Seul un expert peut s’apercevoir dans le film qu’il ne s’agit pas de bâtiments réels :

« Les décors sont très fidèles, même si cela dépend de l’architecte et de son sens du détail. Vu les possibilités techniques d’aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous permettre de faire des erreurs. Chaque vis doit être bien cachée. »

Les studios Barrandov, les principaux ateliers de cinéma tchèques et parmi les plus grands en Europe, ont été créés en 1931 par Václav et Miloš Havel, le père et l’oncle de l’ancien président tchèque Václav Havel. Ils se développent rapidement et emploient avant la Seconde Guerre mondiale plus de 300 salariés. Depuis l’arrivée au pouvoir des communistes en 1948, les studios sont sous contrôle de l’Etat et le resteront jusqu’à la Révolution de velours en 1989.

Privatisée au début des années 1990, la société Barrandov Studios s’ouvre aux cinéastes étrangers et entame ainsi un nouveau chapitre de son histoire. Actuellement, le complexe propose tous les services liés à la préparation d’un film, il comporte quatorze salles de tournage, ainsi que différents laboratoires cinématographiques, studios d’enregistrements, ateliers de théâtre, ou encore de dépôts de costumes. Et évidemment un département pour les décors.. Comment a évolué la fabrication des décors durant l’histoire des studios ? Štěpán Červený répond :

Les studios de cinéma Barrandov, photo: Ondřej TomšůLes studios de cinéma Barrandov, photo: Ondřej Tomšů « Les techniques sont différentes. Auparavant, il existait des architectes de cinéma qui savaient comment fabriquer les décors. Ils ne s’intéressaient pas seulement à ce qui était visible pour la caméra, mais aussi à la construction, à ce qui se cache derrière les décors. Les décors étaient créés à l’aide de coulisses, des panneaux qui étaient adaptés afin de donner des dimensions exactes. Aujourd’hui, ce système est dépassé. Grâce aux technologies modernes, il n’est pas difficile de créer n’importe quelle forme et les architectes s’intéressent seulement à ce que voit la caméra. »

A la question de savoir si ces nouvelles technologies ne peuvent pas remplacer les décors physiques, Štěpán Červený indique qu’il s’agit pour l’instant d’une option assez chère. Avec le progrès technique, l’avenir de son département est toutefois selon lui assez incertain…

Dans le prochain épisode, il sera question de costumes et des autres accessoires.