Une statue de saint Adalbert à l’histoire mouvementée réinstallée à la cathédrale de Prague

Une nouvelle statue a été installée dans la cathédrale Saint-Guy, au Château de Prague. Et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de celle de saint Adalbert, un des saints patrons tchèques les plus importants avec saint Venceslas. Cet événement est organisé alors que la dépouille du cardinal Josef Beran doit solennellement être inhumée en ce même lieu lundi prochain.

La statue de saint Adalbert à la cathédrale Saint-Guy, photo: ČTKLa statue de saint Adalbert à la cathédrale Saint-Guy, photo: ČTK Près de cinquante ans après sa mort au Vatican, le cardinal tchèque Josef Beran, symbole de la résistance de l’Eglise catholique au régime communiste, va voir deux de ses vœux les plus chers exaucés de manière posthume : l’un est d’être enterré dans son pays d’origine, l’autre de voir une statue de saint Adalbert installée dans la cathédrale Saint-Guy à Prague. L’histoire de cette statue est tout aussi mouvementée que celle du cardinal Beran, à la mesure des soubresauts qu’ont connu les pays tchèques au XXe siècle.

Pour la réalisation d’une statue du second évêque de Prague, mort en martyr en 997 et canonisé deux ans plus tard, un concours est organisé dans les années 1930. Mais survient la Seconde Guerre mondiale, puis le Coup de Prague avec l’arrivée au pouvoir des communistes, et la version temporaire de la statue, en plâtre est retirée de la cathédrale. La statue actuelle, en argent, pesant 300 kilogrammes en tout, a donc été réalisée sur le modèle réalisé il y a 70 ans par une figure oubliée de la sculpture tchèque, Karla Vobišová Žáková, comme le rappelle l’historien de l’art, Jiří Kotařík :

Karla VobišováKarla Vobišová « Le nom de Karla Vobišová est peu connu du grand public. Mais à l’époque, c’était une personnalité importante. C’était une sorte de pionnière, une Amazone de la sculpture tchèque. C’était la première femme à étudier la sculpture, auprès du professeur Bohumil Kafka. Plus tard, elle a poursuivi ses études à Vienne, Munich, puis Paris, où elle a passé deux ans. Entre 1923 et 1925, elle a été l’élève du célèbre sculpteur français Emile Bourdelle qui, après Rodin, était en quelque sorte la seconde grande figure de la sculpture moderne. »

Ce n’est qu’en 2010, sous l’impulsion de l’actuel cardinal de Prague, Dominik Duka, à qui l’on doit également le retour de la dépouille du cardinal Beran, que l’idée née dans les années 1930 reprend vie. Contacté par le fils de la sculptrice, il s’efforce de mener à bien le projet avorté.

Pendant toutes ces années, le moulage de l’ensemble statuaire représentant saint Adalbert et deux de ses disciples, destiné à orner le tombeau du saint patron, se trouve dans l’appartement du fils de Karla Vobišová et de sa famille. Pour Viera Žáková, son épouse, c’est une boucle qui se referme enfin, et aussi un hommage posthume à sa belle-mère qui, après 1948, fut systématiquement empêchée de travailler par les autorités communistes :

« Je crois aux miracles. Je suis heureuse que ma belle-mère, Karla Vobišová, puisse être ainsi réhabilitée, grâce aux efforts du cardinal Dominik Duka notamment. Ma belle-mère l’a vraiment mérité. C’était une personne tellement éclairée à son époque, et une femme extrêmement moderne… »

La statue de saint Adalbert, photo: ČTKLa statue de saint Adalbert, photo: ČTK C’est ce jeudi que doit être solennellement inaugurée la statue de saint Adalbert, alors que la dépouille du cardinal Beran, persécuté par les communistes, doit quitter la nécropole papale de Saint-Pierre-de-Rome pour être rapatriée en République tchèque ce vendredi.

Près d’un millénaire sépare ces deux hommes, et pourtant leur destin est souvent mis en parallèle : tous deux se retrouvèrent à la tête de l’Eglise catholique à Prague, tous deux furent forcés de partir en exil, et tous deux moururent loin de leur pays.