Une conférence internationale sur Patocka s'est déroulée à Prague.

La semaine écoulée, le Carolinum, à Prague, a accueilli plusieurs dizaines de chercheurs du monde entier venus exposer leurs recherches et débattre sur l'oeuvre du philosophe tchèque Jan Patocka. Pendant cette semaine, d'autres institutions pragoises, comme le Sénat, la galerie de la ville de Prague, l'Ambassade de France ou les Instituts de culture polonais ou autrichiens, ont organisé des manifestations pour commémorer à la fois les 30 ans de la mort et les 100 ans de la naissance de Patocka. En parallèle se tenait également les 37ème rencontres annuelles du cercle Husserl, dont Patocka a été un des derniers élèves. Anne Claire Veluire a rencontré Renaud Barbaras, de l'Université Paris-1 Panthéon Sorbonne, qui a participé à ces conférences:

Je suis ici parce que j'ai été invité à participer à ce colloque international sur Patocka. J'ai beaucoup de liens avec les philosophes tchèques, phénoménologues tchèques. J'ai écrit sur Patocka et je publie prochainenement un livre sur Patocka d'ailleurs, ils m'ont naturellement invité. Je suis évidemment très content de participer à ce colloque, même si malheureusement je ne peux pas participer toute la semaine, parce que c'est un très très gros colloque, très impressionnant, et malheureusement on ne peut pas consacrer une semaine à ça compte tenu de nos charges universitaires.

Avez-vous trouvé le colloque intéressant? Y'a-t-il eu beaucoup de prises de parole, de présentations?

Ecoutez malheureusement je ne suis arrivé qu'avant hier, je suis arrivé hier matin pour parler. Ca s'est très bien passé, c'est-à-dire qu'il y avait du monde et beaucoup de questions tès intéressantes. J'ai trouvé l'ambiance extrêmement -comment dirais-je, concentrée, investie dans le sujet du colloque. J'ai assisté à une autre conférence, d'une de mes doctorantes, qui était aussi d'ailleurs très intéressante. Et ce matin aussi c'est tout-à-fait passionnant. Ca se passe vraiment très bien. Et ce qui est très impressionnant c'est qu'il y a un nombre incroyable de nationalités représentées. Il y a des gens, et pas seulement européennes d'ailleurs. Il y a une Sud-Américaine, beaucoup d'Américains etc...Il y a aussi des Coréens d'ailleurs, ou plutôt des gens de Hong-Kong, et donc ça donne une idée assez exhaustive de l'état de la recherche sur Patocka en particulier dans le monde. Je pense que c'est le premier colloque de cette ampleur. Moi j'ai participé il y a 10 ans, en 1997 à Prague, à un colloque sur Patocka déjà, et c'est intéressant de confronter les deux, parce qu'on voit comment la recherche s'est développée, approfondie et amplifiée. En 10 ans, Patocka a vraiment acquis une stature internationale et d'auteur déjà classique pour ainsi dire.

Est-ce vous trouvez qu'en France Patocka est assez connu et étudié à l'Université?

Erika Abrams, phoot: CTKErika Abrams, phoot: CTK A l'Université il ne l'est quasiment pas. Je suis un des rares professeurs qui en parle. En revanche, en France, la situation est particulière et très très positive parce qu'il se trouve qu'une partie importante de l'oeuvre de Patocka a été traduite en français par Erika Abrams qui vient d'être faite Docteur Honoris Causa de l'Université, qui est une remarquable traductrice. A un tel point d'ailleurs que certains collègues tchèques me disent qu'ils préfèrent lire Patocka en français qu'en tchèque parce que c'est plus explicite et plus clair. On dispose donc d'énormément de textes de Patocka en français grâce à elle. Ce qui fait que les Français sont privilégiés, et ça commence à porter ses fruits. Comme je vous le disais, je dirige plusieurs thèses maintenant de jeunes doctorants sur Patocka.

Ce colloque international a été organisé à l'initiative du Centre pour les études théoriques, de l'Université Charles et de l'Académie des Sciences. Son co-directeur, Ivan Chvatik, ainsi que plusieurs de ses membres, furent les fondateurs des Archives Jan Patocka, qui se sont créees de facto quand, à la mort de Patocka, ses étudiants sont allés récupérer son travail pour le préparer, secrètement, à la publication.