Une ancienne prison communiste sera transformée en musée du totalitarisme

Discuté depuis plusieurs années, le projet de création d’un Musée des régimes totalitaires dans l’enceinte de l’ancienne prison d’Uherské Hradiště, en Moravie du Sud, devrait enfin aboutir. Appuyé précédemment par la région de Zlín, ainsi que par les ministères de la Culture et de la Justice, le projet de transformation de l’une des prisons communistes les plus redoutées en musée a été approuvé par le conseil municipal d’Uherské Hradiště.

L'ancienne prison communiste d’Uherské Hradiště, photo: Palickap, CC BY-SA 4.0L'ancienne prison communiste d’Uherské Hradiště, photo: Palickap, CC BY-SA 4.0 C’est un bâtiment délabré de trois étages, situé dans le centre d’Uherské Hradiště, belle petite ville morave de 25 000 habitants. Cet ancien Palais de justice de la fin du XIXe siècle est devenu, au cours du siècle suivant, une véritable « maison de la terreur », pour emprunter le nom du célèbre musée de Budapest.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le bâtiment a d’abord servi à la gestapo comme point de rassemblement des détenus qui étaient ensuite déportés dans les camps de concentration. Après la guerre, la prison est devenue le théâtre des procès des personnes accusées de collaboration avec les nazis. Certaines d’entre elles ont été exécutées publiquement par pendaison dans la cour du bâtiment.

L'ancienne prison communiste d’Uherské Hradiště, photo: Palickap, CC BY-SA 4.0L'ancienne prison communiste d’Uherské Hradiště, photo: Palickap, CC BY-SA 4.0 Dans les années 1950, après la prise du pouvoir par les communistes, l’ancien Palais de Justice d’Uherské Hradiště continue à abriter le siège de la Cour régionale. La prison associée est réservée aux ennemis du régime, notamment les agriculteurs de la région qui s’opposent à la collectivisation de leurs biens. Opposants politiques ou victimes innocentes des procès communistes, ils sont tous maintenus en isolement et torturés au courant électrique pendant les interrogatoires. Cette période est aujourd’hui couramment appelée « l’ère Grebeníček », du nom d’un des enquêteurs les plus cruels, Alois Grebeníček, traîné devant la justice à la fin des années 1990 - à l’époque où son fils présidait le parti communiste postrévolutionnaire - mais jamais condamné. On écoute Anna Stránská, de l’ONG « Memorial ! » qui lutte pour la préservation du bâtiment de l’ancienne prison :

« Les choses les plus fortes et les plus horribles se sont passées dans les cellules isolées qui occupent toute une partie du bâtiment et aussi dans la chapelle avoisinante. Nous aimerions qu’au moins cette partie-là du bâtiment soit conservée. »

Des efforts considérables ont été déployés pour le sauvetage du bâtiment qui a abrité, depuis 1960, différentes institutions et qui a failli être vendu aux enchères en 2009. Le Musée des régimes totalitaires devrait donc y être installé, sur une superficie d’environ 2 000 m², après d’importants travaux de rénovation en raison de l’état calamiteux du bâtiment. Le coût de l’investissement sera connu d’ici six mois.