Faits et événements Un prix pour les journalistes qui ne manquent pas de courage
Le prix journalistique Ferdinand Peroutka a trois nouveaux lauréats. Il a été décerné, ce lundi, à Radka Kvačková, spécialiste des problèmes liés à l’éducation, à Jan Bednář, rédacteur en chef d’une émission sur la politique internationale de la radio publique tchèque et à Jaroslav Spurný, journaliste d’investigation du magazine politique Respekt.
Ferdinand Peroutka
Le Prix Ferdinand Peroutka porte le nom de l’un des meilleurs
journalistes tchèques de l’entre-deux-guerres ayant émigré en 1948 aux
Etats-Unis et collaboré pendant de longues années avec Radio Europe
libre. Le prix a été créé afin de distinguer les journalistes
caractérisés pour leur intégrité absolue et qui assument la
responsabilité personnelle des conséquences de leurs activités. Deux des
journalistes qui viennent de recevoir cette distinction, sont signataires
de la Charte 77, document par lequel un groupe de dissidents a exhorté, en
1977, le régime communiste en Tchécoslovaquie à respecter les droits de
l’homme et à honorer ses engagements internationaux.
Aujourd’hui évidemment, les grands thèmes politiques en République tchèque ne sont pas les mêmes, mais les journalistes qui traitent de sujets délicats ont toujours besoin de courage. Parmi les thèmes traités par le reporter Jaroslav Spurný, cofondateur du magazine Respekt, on trouve le clientélisme et la corruption. Jiří Kánský, président de l’association Ferdinand Peroutka, explique pourquoi le jury a décidé de décerner le prix à ce journaliste d’investigation :
Jaroslav Spurný, photo: CTK
« C’est un homme qui ne craint pas de dévoiler les affaires
dangereuses. Je pense que 95 % des gens ne traiteraient pas ce genre de
sujets par instinct de conservation. Regardez ce qu’il a écrit au cours
des deux dernières années, avec quelle profondeur il a analysé la
situation, par exemple, de la direction de la police et les activités de
divers groupes clientélistes ; comment il a dévoilé le fond de toute une
série de vieilles affaires de privatisation qui ne surgissent
qu’aujourd’hui. Je pense tout simplement que c’est un homme
extrêmement courageux. »
La distinction qu’il vient de recevoir, motivera Jaroslav Spurný pour la suite de sa carrière journalistique :
« Je pense que quelque chose manque dans le journalisme tchèque. Il faut expliquer pourquoi nous vivons dans un système qui n’est pas tout à fait accepté par les gens, quelles sont les racines de ce système et comment il est né. Et c’est très compliqué. Je pense qu’il est dans l’esprit des grandes figures du journalisme d’essayer de le faire. »
Radka Kvačková, photo: CTK
Radka Kvačková, cinéaste de formation, s’est finalement consacrée au
journalisme, profession qu’elle exerce depuis 45 ans. A partir des
années 1970, elle s’intéresse notamment à l’éducation et à
l’enseignement. Elle travaille dans le journal Lidové noviny et les
opinions qu’elle défend sont basées sur une profonde connaissance des
problématiques scolaires. Selon Jiří Kánský, en République tchèque,
il y a peu de spécialistes qui, comme elle, connaissent cette
problématique de manière aussi approfondie. Quant au troisième lauréat
du prix journalistique, Jan Bednář, ses activités sont directement
liées à l’oeuvre de Ferdinand Peroutka :
Jan Bednář, photo: CTK
« La personnalité de Ferdinand Peroutka revêt une grande importance
pour moi. J’ai fait pour Český rozhlas (la radio publique tchèque) une
longue série d’émissions sur ses commentaires des années 1950 et 1960.
Lorsque j’ai commencé à les lire, j’ai été absolument subjugué. Il
s’agit de réflexions pleines de sagesse venant d’un homme très
cultivé. Quelque chose qu’on ne trouve plus aujourd’hui. Ce sont de
merveilleux textes littéraires. Ferdinand Peroutka est donc pour moi une
figure légendaire et j’ai beaucoup d’estime pour le prix qui porte son
nom. »
Parmi les lauréats du prix Ferdinand Peroutka il y a eu dans le passé, entre autres, le journaliste et homme politique Ivan Medek, le rédacteur en chef du magazine Respekt, Erik Tabery ou l’écrivain Ludvík Vaculík.







