Un parti d’extrême droite codirigera la ville de Duchcov

Une grande première pour la ville de Duchcov, une ville de 8 000 habitants située en Bohême du Nord. Le parti social-démocrate (ČSSD) et les communistes y sont entrés en coalition municipale avec la formation d’extrême droite, le Parti des ouvriers pour la justice sociale (DSSS). Duchcov est ainsi devenue la seule commune en République tchèque où cette formation à référence raciste, qui a organisé de nombreuses manifestations anti-Rom, sera représentée au sein de la direction de la municipalité. Ce vendredi, le comité du parti social-démocrate a appelé à la suppression de sa branche locale de Duchcov.

Zbyněk Šimbera, photo: ČTKZbyněk Šimbera, photo: ČTK Le nouveau maire de la ville de Duchcov, le social-démocrate Zbyněk Šimbera ne pourra plus longtemps se revendiquer de l’appartenance à ce parti. C’est un prix à payer pour le maintien de sa coalition municipale avec le Parti des ouvriers pour la justice sociale (DSSS), un choix qu’il assume et justifie de la manière suivante :

« Le Parti des ouvriers pour la justice sociale est une formation politique reconnue par l’Etat et est ainsi légale. Ses trois représentants ont été démocratiquement élus au conseil municipal. Dans leur programme, nous avons trouvé des points communs. J’ai lu les statuts de ce parti et je n’y ai trouvé rien d’extrémiste. »

Des arguments qui ne convainquent pas la journaliste Saša Úhlová, qui est notamment l’auteur du chapitre traitant de la montée du racisme en 2013 en République tchèque dans le rapport annuel de l’ONG Social Watch :

Saša Uhlová, photo: ČTSaša Uhlová, photo: ČT « Par le passé, un autre parti avait été interdit par la Cour administrative suprême (NSS). Il était interdit parce qu’il était ouvertement raciste et il avait des liens aux mouvements néonazis. Après qu’il ait été interdit, un nouveau parti s’est créé et c’était ce parti-là. En fait, ils font très attention de ne pas inscrire dans leurs statuts des choses ouvertement racistes et ils font l’attention à leur présentation. Mais ils sont toujours en contact avec les mouvements néonazis et c’est toujours un parti extrémiste. »

La direction du parti social-démocrate a condamné la démarche des représentants de sa branche locale, ce qui est une manière de se défaire de toute responsabilité par rapport aux actions de ses membres locaux. Néanmoins, selon Saša Úhlová, c’est le discours des partis dominants qui a contribué à la banalisation des propos du parti extrémiste :

« Ce n’est pas un problème qui relève uniquement d’un parti extrémiste. C’est un problème de tous les partis dans cette ville. Que ce soit des représentants du parti social-démocrate, des communistes, des partis de droite ou du centre, tous ont les mêmes propos racistes, non pas dans leur programme écrit, mais quand ils parlent avec les gens, en période électorale et au cours des derniers quatre ans. Cela veut dire que si on est électeur à Duchcov, cela ne fait pas une grande différence si on vote pour un social-démocrate ou pour le DSSS parce que ces gens ont les mêmes attitudes envers les Roms. »

Les membres du parti DSSS Jindřich Svoboda, Miroslav Toman et Miluše Janoušková, photo: ČTKLes membres du parti DSSS Jindřich Svoboda, Miroslav Toman et Miluše Janoušková, photo: ČTK Si Saša Úhlová souscrit au refus de la coalition avec le DSSS, elle estime que celle-ci résulte notamment de la vulgarisation de la politique à Duchcov par le passé où des tensions entre une partie des habitants et des Roms ont été plus instrumentalisées que réelles.

« Cela me pose problème que l’on fasse une coalition avec un parti dont tout le monde sait qu’il est extrémiste. De l’autre côté, cela montre l’état réel de la politique locale dans cette ville. Les représentants des autres partis ne sont en réalité pas très éloignés des idées du DSSS, ce qui est encore plus triste que le fait qu’ils ont fait une coalition. »

Si la direction de la social-démocratie décide de supprimer sa branche locale ou se contente à contraindre certains membres de quitter le parti, ceux-ci vont tout de même conserver leurs mandats aux côtés de Jindřich Svoboda, chef de DSSS local, initiateur des manifestations anti-rom par le passé et condamné pour escroquerie.