Faits et événements Un nouveau précédent dans une décision judiciaire sur une restitution
La cour municipale de Prague vient de rendre un verdict qui pourrait représenter une révolution dans les affaires de restitution de biens en République tchèque. D'après ce verdict, ce sont les propriétaires actuels d'une société privatisée qui devraient dédommager les descendants des propriétaires originaux.
Koh-i-noor, c'est le nom du diamant qui devrait être le plus gros du monde
et qui avait été découvert en Inde. Koh-i-noor, c'est aussi le nom de deux
entreprises qui se sont rendues célèbres dans le monde entier par leur
production. La première, qui se trouve à Ceske Budejovice, est beaucoup
plus ancienne que celle qui se trouve à Prague et continue à fabriquer le
fleuron de la société, les célèbres crayons et crayons de couleur
Koh-i-noor/ Hardtmuth. Hardtmuth est le nom du fondateur de la société à
Vienne, en 1790. Aujourd'hui, après sa privatisation, l'entreprise fait
partie du holding Gama Group et investit beaucoup en Russie et en Chine.
En Tchéquie, elle emploie dans le millier de personnes. A Prague se trouve
donc la seconde société du même nom, mais Koh-i-noor Prague fabrique depuis
1902 des boutons-pression. C'est celle-ci qui est concernée par le verdict
que vient de rendre la cour municipale de Prague. Elle a été privatisée en
1993, mais ne se trouve pas dans une très bonne situation financière :
l'année dernière, avec un chiffre d'affaires d'environ 150 millions de
couronnes, elle a présenté un déficit de deux millions. Lors de la
privatisation déjà, un litige est apparu : les descendants du fondateur
Jindrich Waldes ont présenté une demande de restitution des biens
confisqués sur la base des Décrets du président Benes.
L'affaire traîne depuis treize ans et les tribunaux ont refusé cinq fois
la restitution, même après que Koh-i-noor Prague ait été privatisé. Le
dernier verdict de la cour municipale de Prague vient de donner gain de
cause aux descendants de Jindrich Waldes. Pour la première fois, un
tribunal dans une affaire de restitution vient d'ordonner aux
propriétaires actuels de dédommager les restituants, alors que jusqu'à
maintenant c'était l'Etat qui en avait la charge. Dans la pratique, cela
voudrait dire que les propriétaires actuels devraient rendre à la famille
la moitié des terrains sur lesquels se trouvent les bâtiments de la
société ainsi que des tableaux de valeur, dont l'oeuvre précieuse du
célèbre peintre tchèque Frantisek Kupka, Miss Kin, qui est devenue la base
du logo de la marque Koh-i-noor, le portrait d'une jeune fille avec un
bouton-pression à la place de l'oeil. Les propriétaires ne peuvent plus
faire appel, mais seulement porter l'affaire devant la Cour suprême. Leurs
arguments ? La société a été privatisée dans les règles et le verdict de la
cour est contraire à la Constitution qui protège la propriété privée. Il
est contraire aussi aux Décrets Benes, car Koh-i-noor a été nationalisé en
1945 et ne peut donc être restitué (date limite 1948). En plus de cela, la
famille a déjà été dédommagée dans les années quatre-vingt. Un précédent
et certainement une affaire à suivre.






