Un film sur Milada Horáková, victime des procès des années 1950

Pendant plus de dix ans, David Mrnka, un jeune cinéaste tchèque installé aux Etats-Unis, a préparé son premier long-métrage qui retrace le parcours de la vie de Milada Horáková, la seule femme à avoir été exécutée pour des raisons politiques dans la Tchécoslovaquie communiste. Tourné en anglais et en tchèque, à partir des souvenirs de la fille de Milada Horáková, qui vit elle aussi outre-Atlantique, le biopic sort ce jeudi en salles en République tchèque.

'Milada', photo: Bohemia Motion Pictures'Milada', photo: Bohemia Motion Pictures Juriste et femme engagée en politique, Milada Horáková a été persécutée, tout comme son mari, d’abord par le régime nazi : le couple a été interné en 1940 au camp de Terezín. Devenue députée démocrate après la guerre, Milada Horáková est arrêtée par la police secrète communiste en septembre 1949, inculpée, avec trois autres personnes, de trahison et d’espionnage dans un procès truqué. Elle est condamnée à mort. Sa fille, Jana Kánská, se souvient encore du jour où sa mère a été arrêtée. La scène qu’elle a vécu en tant que jeune fille de 16 ans figure, elle aussi, dans le film :

« Quand je suis rentrée de l’école, les policiers étaient là et ils m’ont séparée de mon père. Moi, j’étais envoyée dans ma chambre et lui, il devait rester dans le bureau qui donnait sur le jardin. Notre femme de ménage, Maruška, qui était une belle femme, a joué un certain rôle dans cette histoire : elle s’est mise à discuter avec les policiers dans l’antichambre et pendant ce temps-là, mon père s’est échappé par le jardin. Il a voulu avertir ma mère qui était au travail, mais il ne savait pas qu’elle avait déjà été arrêtée dans la matinée, dans son bureau. »

'Milada', photo: Bohemia Motion Pictures'Milada', photo: Bohemia Motion Pictures Manipulés par une vaste campagne de propagande, de nombreux citoyens tchécoslovaques souhaitaient la peine capitale pour Milada Horáková, tandis qu’Albert Einstein, Winston Churchill, Eleanor Roosevelt et d’autres personnalités encore demandaient la grâce présidentielle. Intitulé tout simplement Milada, le film du réalisateur David Mrnka s’ouvre sur une scène où Jana Kánská, âgée de presque 50 ans, obtient enfin les lettres que sa mère lui avait adressé, ainsi qu’à son mari, à sa sœur et à ses amis avant son exécution, le 27 juin 1950. Confisquées par les autorités communistes, ces lettres ne sont revenues à la famille que quarante ans plus tard. Jana Kánská :

Jana Kánská, photo: Filip Jandourek, ČRoJana Kánská, photo: Filip Jandourek, ČRo « Nous savions que ces lettres existaient, nous le savions dès le moment où elles ont été écrites. Mais nous ne pouvions imaginer qu’un jour, elles nous reviendraient. Quand j’ai appris que ces lettres ont été retrouvées, je suis venue les chercher à Prague. Elles étaient chez ma tante. Elle me les a transmises, je me suis enfermée dans une chambre et je les ai lues toutes, d’un seul coup. C’était un moment douloureux. Mais ensuite, nous sommes allés à une manifestation sur la place Venceslas, où nous avons vu et entendu Václav Havel. Nous avons partagé avec les autres cet enthousiasme de la liberté retrouvée ce qui m’a aidé, ne serait-ce qu’un tout petit peu, à surmonter cette immense tristesse que je ressentais au fond de moi. »

Le réalisateur David Mrnka a choisi de tourner ce biopic en anglais, avec l’actrice israélo-américaine Ayelet Zurer dans le rôle de Milada Horáková et l’Américain Robert Gant dans celui de son mari Bohuslav Horák, mort en exil à Washington en 1976. Jana Kánská, qui a contribué à la genèse du film en fournissant au réalisateur des documents et des témoignages inédits sur sa famille, se réjouit du fait que le film soit destiné principalement au public international qui en connaît peu sur le destin de sa mère.

Anna Geislerová dans le rôle de Ludmila Brožová-Polednová, photo: Bohemia Motion PicturesAnna Geislerová dans le rôle de Ludmila Brožová-Polednová, photo: Bohemia Motion Pictures Anna Geislerová, actrice tchèque des plus connues, campe dans Milada le rôle de la jeune procureure communiste Ludmila Brožová-Polednová, condamnée en 2007 pour sa participation au procès à une peine de prison. Pour Anna Geislerová, le film est porteur d’un message aussi pour le public tchèque :

« Nous devrions nous concentrer sur ce que le film nous dit sur l’époque de Milada Horáková et sur notre époque aussi. Nous devrions nous interroger sur notre futur, sur les défis que celui-ci nous apporte, sur la responsabilité que nous avons dans nos vies respectives. »