Ukraine : réactions tchèques à l’intervention russe en Crimée

La majorité du territoire de la République autonome de Crimée, région d’Ukraine à majorité russophone, est désormais sous contrôle de soldats identifiés comme russes, qui ont occupé dans la nuit de dimanche à lundi plusieurs bâtiments militaires, des bâtiments administratifs ainsi qu’une base de l’armée ukrainienne située dans la baie de Balaklava, près de la ville de Sébastopol. Les autorités ukrainiennes dénoncent une agression russe et le gouvernement de Kiev envisage de fermer ses frontières avec la Russie. De son côté, le gouvernement tchèque a fermement condamné les démarches militaires de la Russie lors de la réunion du conseil de sécurité tchèque ce dimanche soir.

Photo: CTKPhoto: CTK En Crimée, 58% des habitants sont russes, 24% Ukrainiens, et 18% sont Tatars. Pour y « protéger » la communauté russophone et pro-russe, la Chambre basse du Parlement russe a approuvé le projet du président Vladimir Poutine de « recourir aux forces armées de la Fédération de Russie sur le territoire de l’Ukraine jusqu’à la normalisation de la situation socio-politique dans ce pays ». Selon les paroles de l’actuel ministre des Affaires étrangères ukrainien, Andri Dechtchytsia, « personne ne peut défendre avec succès l’Ukraine, personne ne peut le faire, personne sauf nous ». Face à cette intervention militaire russe, l’Ukraine a déclaré une mobilisation militaire. En République tchèque, le conseil de sécurité s’est réuni ce dimanche, rassemblant les ministres des Finances, des Affaires étrangères, de la Défense et de l’Intérieur, pour condamner cette intervention militaire. Le Premier ministre, Bohuslav Sobotka, également président de ce conseil, a précisé ce dimanche la position de la République tchèque face à cette situation :

Bohuslav Sobotka, photo: Filip Jandourek, CRoBohuslav Sobotka, photo: Filip Jandourek, CRo « La République tchèque est prête à continuer à fournir de l’aide humanitaire à l’Ukraine en cas de besoin, ainsi que de poursuivre la mise en place du programme Medevac (un programme d’évacuation humanitaire des personnes touchées par la guerre et qui ne peuvent être soignées sur place et mis en œuvre par le ministère de l’Intérieur en étroite collaboration avec les ministères de la Défense et de la Santé, ndlr) si l’Ukraine le demande. »

Bohuslav Sobotka a par la suite indiqué en conférence de presse que la République tchèque disposait d’alternatives lui permettant de faire face à une éventuelle coupure ou réduction des livraisons de pétrole et de gaz en provenance de la Russie. Il a également tenu à rajouter que le futur de l’Ukraine doit être décidé par ses propres citoyens lors des élections législatives, et ne doit pas être décidé à Moscou, à Bruxelles ou à Washington.

Lubomír Zaorálek, photo: CTKLubomír Zaorálek, photo: CTK Lors d’un entretien télévisé, le chef de la diplomatie tchèque, Lubomír Zaorálek, a quant à lui parlé de violation du principe du droit international tout en évoquant les moyens concrets qui pourraient être mobilisés pour faire pression sur la Russie. Lubomír Zaorálek :

« Il n’est pas possible de continuer comme cela: il n’est pas possible de rejeter l’instrument de la diplomatie et de se réfugier dans l’utilisation de la force. Hier, je suis allée à Kiev, en Ukraine, et, avec mes homologues slovaques et hongrois nous nous sommes entretenus, avec le nouveau Premier ministre et le nouveau ministre des Affaires étrangère ukrainiens. Tous les deux nous ont dit qu’ils n’arrivaient pas à se mettre en contact avec quiconque en Russie. C’est pourquoi je parle d’un refus d’utiliser la diplomatie et d’une volonté de résoudre le conflit par la force. Et c’est inacceptable. »

Karel Schwarzenberg, photo: CTKKarel Schwarzenberg, photo: CTK Le chef de la diplomatie tchèque a également fait savoir qu’actuellement la Crimée n’était pas un endroit sûr et que les touristes devraient éviter de s’y rendre. Ce dimanche, il avait également convoqué au ministère des Affaires étrangères, l’ambassadeur russe à Prague, afin qu’il communique à Moscou le positionnement diplomatique de la République tchèque. L’ancien chef de la diplomatie tchèque, Karel Schwarzenberg, s’est également prononcé à cette occasion. Karel Schwarzenberg :

« L’entrée d’une armée étrangère dans un autre Etat sans l’accord préalable du Conseil de sécurité des Nations Unis est une agression évidente. »

Miloš Zeman, photo: Filip Jandourek, CRoMiloš Zeman, photo: Filip Jandourek, CRo Le chef de l’Etat tchèque, Miloš Zeman, a quant à lui également dresser un parallèle avec l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie en 1968, en précisant « que toute intervention militaire crée un fossé très profond, qui ne peut être comblé par une seule génération ».

Près de 400 Ukrainiens vivant en République tchèque se sont réunis dans la journée de dimanche devant l’ambassade russe à Prague. Près d’une centaine de personnes se sont réunis devant le consulat russe de la ville de Brno et environ cinquante Ukrainiens et Tchèques se sont rassemblés devant le consulat de la ville de Karlovy Vary, la ville la plus russophone de République tchèque.