Faits et événements Traband, un groupe tchèque aux accents du monde
Loin des tubes et chansons formatés qui saturent le paysage musical, le groupe tchèque Traband propose un répertoire original et se définit comme jouant de la « dechno », mélange de cuivres et d'une base rythmique plus rock. Mais, leur singularité réside aussi dans la richesse des textes et l'apport d'inspirations diverses et métissées. Entretien avec Jarda Svoboda, chanteur, musicien et compositeur du groupe, à l'occasion de la sortie du nouvel album.
Photo : Sam O. Spoust
Entre burlesque et gravité, dérision et tragique, les textes de Jarda
Svoboda et la musique du groupe Traband vont puiser dans un large creuset
d'influences, de Boris Vian à Karel Kryl, du klezmer aux musiques
irlandaises ou tziganes, en passant par les chansons populaires et la
poésie tchèques ou moraves. Une variété et une énergie qui leur ont permis
de conquérir également un public enthousiaste hors de leurs frontières,
notamment en France :
Photo : Sam O. Spoust
« La France est pour nous une grande source d'inspiration. C'est là-bas
que, pour la première fois, j'ai réalisé que notre musique avait cette
force qui lui permet de « parler » à quelqu'un qui ne sait pas de quoi ça
parle, ne connaît pas les gens et ne sait pas d'où ils viennent, et malgré
tout, il y a cette force intérieure. Cela nous est arrivé en Avignon : les
gens venaient nous voir pour la première fois, et spontanément ils ont
commencé à chanter avec nous des paroles dont ils ne comprenaient pas le
sens. Mais ils répétaient phonétiquement ! Après, ils sont venus nous voir
et nous ont demandé si on connaissait des groupes comme les Têtes Raides,
la Tordue, mais, nous, on ne savait pas qui c'était. Ils nous ont amené
des CD, et on s'est rendu compte que c'était une musique très similaire.
Nous avons alors réalisé, que notre musique, qui n'est pas très « traditionnelle » notamment pour les Tchèques, a une tradition beaucoup
plus longue en France. Et que cette façon de lier le cabaret, le cirque,
les musiques ethniques, est connue là-bas. »
Prague, Dobeska (Photo : Petr Marek)
Jarda Svoboda note une différence avec leurs épigones de la scène
française : les compositions de Traband sont plus épiques que lyriques et
racontent avant tout des histoires. Leur nouvel album, Hyjé, rassemble
celles d'anti-héros, le plus souvent, petits chevaliers à qui rien ne
réussit, brigands et déserteurs, éternels personnages errants sur les
routes ou les mers, pèlerins de l'existence. Je lui ai demandé de m'en
dire un peu plus sur cette figure récurrente :
« Je ne sais pas si elle est importante mais, en tous cas, c'est moi sous diverses formes. Et toutes les histoires de ces gens que je vois, autour de moi, celles des SDF, des émigrés, des réfugiés, politiques ou sentimentaux si l'on veut, ce sont mes histoires, elles résonnent en moi d'une certaine façon, ce sont des choses qui me touchent, et que je ressens. »
Paris, La Guinguette (Photo: Mourad Litim)
Paradoxe qui n'en est peut-être pas tant un, à l'entendre, Jarda Svoboda
compose aussi des chansons inspirées des chants de marin. Motif récurrent
de nombreuses chansons tchèques, je lui ai fait remarquer qu'on sentait
bien que les Tchèques étaient en mal de la mer :
« Mais non, voyons, nous sommes situés au niveau du fond de l'océan ! (rires) Mais ce sont surtout des symboles très importants : la mer, le port et le navire... C'est une communauté de gens qui sont quelque part sur leur bateau, qui font le même voyage, avec la même destination, qui ont le même but, et ils doivent passer ce temps tous ensemble avant d'arriver au port. On ne peut pas s'échapper du bateau... Ou bien il faut sauter par-dessus bord, il n'y a pas d'autre solution, ou alors encore, se laisser dévorer par les requins... »
Plus d'informations sur www.traband.net






