Suchej únor, tenir un mois sans alcool

Suchej únor, « Le Février sec », c’est la stupéfiante opération menée par plusieurs milliers de Tchèques, qui consiste à ne pas boire une seule goutte d’alcool durant tout le mois de février. Radio Prague s’est entretenu avec Josef Petr, un des membres de la Ligue des hommes ouverts, l’organisation à l’initiative de cette campagne de prévention des dangers de la consommation d’alcool.

Josef Petr, photo: LinkedIn de Josef PetrJosef Petr, photo: LinkedIn de Josef Petr « Suchej únor est d’abord une campagne de prévention pour la santé des hommes. Il y a à peu près six ans, nous réfléchissions à ce que nous pouvions faire pour la santé des hommes en République tchèque et nous sommes parvenus à la conclusion que la surconsommation d’alcool était un des thèmes les plus importants, puisque un Tchèque moyen boit à peu près trois fois plus que la moyenne mondiale. »

Une réflexion qui a abouti en janvier et, c’était donc décidé, le premier mois au sec serait celui de février. Au départ, l’action est lancée sur Facebook et une centaine de personnes, qui gravitent autour de l’association de la Ligue des hommes ouverts, y prennent part. Année après année, grâce notamment à l’intérêt des médias, la campagne prend de l’ampleur, et vise désormais également les femmes.

En Tchéquie, l’alcool serait responsable de la mort prématurée de 5 000 hommes chaque année. Pour l’édition 2018 du Suchej únor, une petite enquête a été réalisée sur la relation qu’entretiennent les Tchèques à l’alcool. Pour Josef Petr, les résultats, qui correspondent à ceux d’autres analyses, sont plutôt inquiétants. Ils témoignent selon lui du fait que l’alcool n’est pas un problème individuel mais un problème de société :

Photo illustrative: ČTKPhoto illustrative: ČTK « Ce test d’addictologie donne une évaluation, d’après laquelle obtenir quatre points est considéré comme un comportement à risque pour les femmes, et cinq points pour les hommes. Notre enquête a montré que près de la moitié des gens en République tchèque dépassent ce seuil de risque. Cela ne veut pas dire qu’ils sont alcooliques, mais que, peut-être, ils devraient réfléchir à leur consommation. Ce qui est peut-être pire, c’est qu’il y a une limite de sept points à partir de laquelle le risque face à l’alcool est avéré. Cela représente environ 20 % des hommes et 5 % des femmes, soit près d’un million de personnes, 10 % de la population tchèque. »

L’opération existe dans d’autres pays. C’est par exemple la Tournée minérale, organisée en Belgique sous les auspices de la Ligue contre le cancer. Les Britanniques, plus courageux, disposent également de leur propre campagne publique de santé, mais en janvier : le Dry January. Le mois de février est plus court, mais, d’après Josef Petr, c’est déjà un challenge important, tout autant que bénéfique, pour de nombreux Tchèques :

Photo: Suchej únor / LOMPhoto: Suchej únor / LOM « On peut avoir l’impression que ce n’est rien de ne pas boire un mois durant mais, pour beaucoup de personnes en Tchéquie, cela représente tout de même un assez grand défi. Pour certains, cela peut être un test sur leur dépendance ou sur la façon dont celle-ci se manifeste. Pour d’autres, la plupart, c’est une sorte de courte désintoxication. Ceux qui participent à l’opération disent prendre du repos vis-à-vis de l’alcool, que parfois ils dorment mieux, qu’ils ont plus d’énergie, par exemple après quinze jours, qu’ils s’aperçoivent qu’ils n’en ont pas forcément besoin dans certaines situations auxquelles ils sont habitués, quand ils sortent avec des amis ou en concert. »

Josef Petr parle en connaissance de cause, puisqu’il participe lui-même à l’opération qu’il contribue à organiser chaque année :

« C’est pour moi aussi une expérience personnelle, parce que je ne suis pas abstinent, pas du tout même. J’ai plutôt un rapport convivial à l’alcool. Donc cette campagne m’est très utile à moi aussi. Chaque année, je l’accueille avec plaisir, et pas seulement en tant qu’organisateur. »

Et il n’est pas trop tard pour participer au Suchej únor, qu’il n’est d’ailleurs pas interdit de prolonger au-delà de la date fatidique du 28 février.