Sounds of science : trois prix Nobel français à Prague

La Maison nationale de Vinohrady à Prague accueillait mercredi trois prix Nobel français et la Philharmonie de chambre de Prague, pour la conférence Sounds of Science. Organisée par l’Institut français, en partenariat avec plusieurs institutions scientifiques tchèques, l’événement a permis de concilier vulgarisation de la science et musique.

'Sounds of Science''Sounds of Science' Devant un public nombreux rassemblé pour l’occasion, Jean-Marie Lehn, prix Nobel de chimie en 1987, expose en anglais les usages concrets de la chimie et son rapport à la musique. Il cite des chimistes musiciens, dont Borodine ou Votoček, et imagine la réalisation du pianocktail de Boris Vian, un piano qui sert différents cocktails en fonction des notes jouées, grâce à un synthétiseur moléculaire. Selon le chimiste français, lui-même musicien, les sciences et la musique ont de nombreux points communs : la nécessité d’imaginer, d’aller au-delà du savoir existant, mais aussi le fait de pouvoir être partagées au-delà des frontières :

« La science n’est pas tchèque, ni française, ni allemande… La science est internationale et les bons scientifiques sont dans le concert de la science. Quand il y a des prix Nobel, on met souvent en avant leur nationalité. Mais ce n’est pas la question : je crois qu’il ne faut pas nationaliser la science. »

Néanmoins, la science en République tchèque a tout de même un rôle à jouer à l’international, précise Serge Haroche. Elle peut en effet être un exemple pour d’autres pays estime le prix Nobel 2012 de physique :

« Je crois qu’il n’y a effectivement pas de science tchèque à proprement dit, mais qu’un point important est que la République tchèque fait partie de l’Europe. L’Europe en tant qu’entité doit tenir sa place dans le monde à côté d’autres puissances scientifiques globales que sont les Etats-Unis et la Chine par exemple. Face à la Chine, qui n’a pas les valeurs de liberté et d’indépendance d’esprit que nous avons en Europe, nous devons utiliser les armes que sont ces valeurs. Je pense qu’au niveau européen, on doit cultiver ces avantages et que la République tchèque doit continuer dans cette voie et accepter d’y investir davantage avec les autres pays européens, même si elle n’en reçoit pas le retour immédiatement. »

En effet, la science, comme la musique, prend du temps. Il faut souvent de nombreuses années avant de pouvoir trouver et créer des applications concrètes aux découvertes des physiciens et chimistes. Le domaine d’expertise de Serge Haroche, la physique quantique, a par exemple été élaborée au début du XXème siècle, et n’a trouvé des applications qu’à la fin du siècle avec l’invention de l’imagerie IRM ou du GPS. Certains scientifiques comme le prix Nobel 2016 de chimie Jean-Pierre Sauvage, qui travaille sur les machines moléculaires, n’en sont ainsi qu’au stade de l’expérimentation quant à l’application de leurs découvertes :

« Une machine moléculaire est un ensemble moléculaire un peu complexe, qui subit des mouvements contrôlés grâce aux signaux que le chimiste envoie à la molécule. Il peut s’agir d’un mouvement de rotation, et on pourra alors faire un moteur rotatif avec des molécules, mais aussi faire un moteur linéaire comme un piston qui bouge dans un cylindre, ou d’une molécule qui est capable de se comprimer et de s’étendre comme un muscle… Savoir à quoi tout cela pourra servir est une question qui nous intéresse, mais la motivation principale était d’abord de proposer un nouveau concept, plutôt que de proposer tout de suite une application pour quelque chose dont le concept n’existait pas vraiment. »

Avec simplicité et pédagogie, les trois prix Nobel ont ainsi expliqué au public tour à tour leur champ d’étude. Pour ces scientifiques, partager leurs découvertes y compris avec le grand public est en effet fondamental, comme la suite logique de leur reconnaissance internationale. Selon eux, la physique et la chimie sont en effet des bases pour comprendre le monde et pour l’améliorer. A Prague, c’est ce qu’ils ont expliqué en musique et cela fait sens puisque, pour Jean-Marie Lehn, « la chimie est à la science ce que la musique est aux sons. »