Faits et événements Soňa Červená a reçu la médaille « Artis Bohemiae Amicis »
C’est à la fin de la sixième reprise de la pièce de Karel Čapek « L’Affaire Makropoulos » au Théâtre des Etats à Prague que le ministre de la Culture Jiří Besser a remis à l’actrice et cantatrice Soňa Červená la médaille « Artis Bohemiae Amicis », décoration réservée aux personnalités ayant contribué de façon conséquente à la diffusion et au renom de la culture tchèque.
Soňa Červená
L’itinéraire de Soňa Červená est aussi étonnant que spectaculaire.
Jeune fille, elle est irrésistiblement attirée par l’opéra, mais sa
carrière débute pourtant dans un théâtre d’un genre différent. Elle
joue d’abord au Théâtre libéré de Prague dans une comédie musicale.
L’attrait de l’art lyrique est cependant trop fort et la jeune
chanteuse prend d’abord un engagement à l’opéra de Brno puis à
Berlin-Est. Lorsque tombe le rideau de fer, la jeune artiste déjà
sollicitée par de grands théâtres lyriques n’a pas d’autre
possibilité que de s’exiler et de couper les ponts. Elle est une des
dernières personnes à réussir encore à passer le mur de Berlin :
« J’avais le cœur lourd en quittant tout cela. Mon père était encore en vie mais quand j’ai fait allusion à tout cela devant lui (je ne voulais pas lui causer des ennuis au cas où la police l’interrogerait), il m’a dit : ‘Moi, j’ai vécu ma vie, et toi, tu dois maintenant vivre la vie que tu as choisie.’ C’est ainsi qu’il a pris congé de moi. Alors j’ai passé le mur et je me suis retrouvée à Berlin-Ouest. Je n’avais que mon petit chien et mon sac à main. »
Soňa Červená
Cette décision douloureuse est cependant aussi le début d’une grande
carrière internationale. Elle chantera dans les plus grands théâtres
lyriques du monde, elle se produira à de nombreuses reprises aux festivals
de Bayreuth, de Salzbourg et de Glyndebourn, elle est considérée comme
une interprète inégalée de Carmen de Bizet. Sa carrière artistique et
sa vie entière la placent dans une excellente position pour représenter
la culture tchèque dans le monde. Et elle sait profiter de ces
possibilités de façon magistrale. Elle jouera, entre autres, un rôle
important dans la réception et la diffusion internationale de l’œuvre
de Leoš Janáček, son compositeur préféré. Lorsqu’elle participe,
par exemple, à la production de « Jenůfa » à l’Opéra de San
Francisco où ce drame lyrique est chanté d’abord en anglais, elle ose
demander au directeur de présenter la version tchèque de cette œuvre :
« Le directeur de l’opéra Kurt Herbert Adler, était d’abord assez
réticent. Il disait : ‘Je ne sais pas. Les gens ne comprendront pas.’
Jiří Besser et Soňa Červená
Mais je lui ai dit : ‘Janáček chante en tchèque. Les gens le
comprendront. Je vous promet d’apprendre la prononciation tchèque à
tous les membres de l’ensemble.’ Alors j’ai appris à tous les
interprètes et au chœur à chanter correctement en tchèque et cette
production a été le plus grand succès de la saison. (…) Et à partir
de ce moment-là l’Opéra de San Francisco et aussi les théâtres
lyriques américains en général ont commencé à présenter les opéras
de Janáček en tchèque. »
Aujourd’hui, Soňa Červená, est de retour dans sa patrie. A 85 ans elle est loin de rester passive et de penser au repos. Le théâtre continue à la fasciner et à lui donner une nouvelle énergie. Elle peut se retourner avec fierté sur son passé et résumer d’une seule phrase les principes qui ont dominé toute sa vie :
Jiří Besser, Miroslav Donutil et Soňa Červená
« Je pense qu’on doit toujours en tous lieux et en toute circonstance
considérer comme le plus grand don et le plus grand devoir d’être
moral. »
Si donc quelqu’un mérite vraiment la médaille « Artis Bohemiae Amicis », c’est sans aucun doute Soňa Červená, artiste qui nous a appris que
le grand talent peut très bien aller de paire avec la force de caractère.








