Six ans et trois mois de prison ferme pour les Tchèques arrêtés en Turquie

Markéta Všelichová et Miroslav Farkas, deux Tchèques arrêtés et jugés en Turquie, ont été condamnés à six ans et trois mois de prison ferme. Le verdict prononcé mercredi par un tribunal de Sirnak, dans le sud-est du pays, fait d’eux les premiers ressortissants tchèques condamnés à l’étranger pour leurs prétendues activités terroristes. La diplomatie tchèque ne cache pas sa déception et son chef, Lubomír Zaorálek, entend contacter son homologue turc.

Markéta Všelichová et Miroslav Farkas, photo: Sirnak Police, Mete SohtaoğluMarkéta Všelichová et Miroslav Farkas, photo: Sirnak Police, Mete Sohtaoğlu Le jeune couple a été arrêté par la police turque en novembre dernier, dans la province de Sirnak, zone de combats entre l’armée turque et les indépendantistes kurdes, alors qu’il essayait de passer la frontière avec l’Irak. Markéta Všelichová et Miroslav Farkas ont été accusés de fourniture d’armes aux Unités de protection du peuple (YPG en kurde), considérée par Ankara comme une branche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) que la Turquie, mais aussi l’Union européenne et les Etats-Unis, rangent parmi les groupes terroristes. D’après la justice turque, différents documents compromettants ayant été trouvés sur les deux Tchèques au moment de leur arrestation, ainsi que des photos qu’ils ont publiées sur les réseaux sociaux, prouvent leur appartenance à cette milice de Kurdes.

Markéta Všelichová et Miroslav Farkas, qui risquaient jusqu’à 15 ans de prison, affirment toutefois être des travailleurs humanitaires qui voulaient implanter dans la région un hôpital de campagne destiné aux Kurdes. Leur version des faits est soutenue également par le ministère tchèque des Affaires étrangères, qui s’était engagé dans l’affaire et réclamait l’extradition de ses deux ressortissants.

L’audience à laquelle les accusés participaient par le biais d’une conférence vidéo depuis leurs cellules dans la prison de Van, dans l’est de la Turquie, s’est déroulée en turc avec une interprétation en anglais, et ce malgré les compétences linguistiques limitées de Miroslav Farkas. Après un débat long de plus d’une heure, le tribunal a finalement décidé de condamner les Tchèques à un peu plus de six ans de prison. Un verdict que n’accepte pas l’avocat du couple, qui a déjà indiqué vouloir faire appel de la décision, pas plus que la diplomatie tchèque. Le ministre Lubomír Zaorálek a précisé qu’il reparlerait de cette affaire avec son homologue turc :

Lubomír Zaorálek, photo: ČTKLubomír Zaorálek, photo: ČTK « Ce résultat est pour moi une déception. Dans les jours à venir, je vais téléphoner au ministre Mevlüt Çavuşoğlu. Nous allons demander une procédure d’appel convenable. Je crois que nous avons des chances que le verdict soit réévalué. »

Depuis mercredi, différents médias évoquent la possibilité que les Tchèques purgent leur peine dans une prison tchèque. Pour Lubomír Zaorálek, cela n’est toutefois pas possible : la République tchèque devrait en effet d’abord reconnaître le verdict turc. Or, non seulement la milice d’YPG n’est pas considérée comme un mouvement terroriste par les pays de l’Ouest, mais elle coopère avec l’UE et les Etats-Unis dans la lutte contre le groupe de l’Etat islamique :

« Il est difficile d’emprisonner quelqu’un en République tchèque pour un fait qui n’est pas considéré comme un délit par notre législation. Nous ne considérons pas YPG comme une organisation terroriste. Nous ne pouvons donc pas condamner quelqu’un pour ses activités liées à cette organisation. Mais je vais avertir le ministre turc des Affaires étrangères que cette affaire est très suivie en République tchèque et qu’elle pourrait avoir des impacts négatifs sur les relations tchéco-turques. »

Malgré le relatif optimisme que conserve donc Lubomír Zaorálek, différents experts tchèques affirment que les tensions qui existent actuellement entre l’Union européenne et la Turquie pourraient rendre la tâche bien plus difficile et que le sort des deux Tchèques reste incertain.