Faits et événements Simon Wiesenthal, « ses Tchèques » ne l'oublieront pas
Simon Wiesenthal... Les quotidiens tchèques ont consacré des pages entières à la personnalité et à la mission du « chasseur des nazis » planétairement connu, dont la vie incarne, toujours selon la presse, « le destin de l'Europe centrale au XXe siècle ». Simon Wiesenthal, grâce à qui pas moins de 1 100 criminels de guerre ont été capturés, s'est éteint, mardi, à Vienne, ville où ce natif de l'est de la Pologne a choisi de vivre et qui n'est pas loin d'une autre capitale qui lui était chère, Prague.
Simon Wiesenthal, photo: CTK
Le nombre
de Juifs pouvant étudier dans des universités polonaises étant, avant la
guerre, limité, le jeune Wiesenthal a eu l'occasion de se former, au début
des années 1930, à l'instar de plusieurs dizaines de milliers d'autres
étudiants étrangers, justement à Prague. Et ces quelques années d'études
d'architecture dans la Tchécoslovaquie de l'époque, il les qualifiera
lui-même d'une des plus heureuses périodes de sa vie. Infatigable
combattant contre l'antisémitisme, il soutenait aussi, comme le rappelle
le quotidien Hospodarske noviny, le dalaï-lama du Tibet, les Kurdes
irakiens et les dissidents soviétiques. Une fois il aura visité la
Tchécoslovaquie communiste, une autre fois, à l'invitation de Vaclav
Havel, la République tchèque démocratique qui lui a attribué ses plus
hautes distinctions. Son ami, l'écrivain tchèque Arnost Lustig qui partage
avec Wiesenthal la même expérience de la Shoah, se souvient :
« Simon Wiesenthal a été un homme formidable, pour qui la justice a été bien plus importante que la vengeance. Mais la justice réclame le dévoilement et, ci possible, la punition des coupables. Evidemment, Wiesenthal a compris qu'il est impossible de les punir tous. Mais son souci principal était que l'idée de la justice ne soit pas oubliée. ».
Arnost Lustig
« Je l'ai rencontré deux fois. Il était aimable et charismatique, mais en
même temps critique et intransigeant, ce qui lui a valu de nombreux
ennemis. Personnellement, j'ai surtout admiré le fait que même après être
passé par plusieurs camps de concentration et après avoir perdu 89 membres
de sa famille, il a gardé du recul dans la vie, et de l'optimisme », a
confié au journal Lidove noviny le reporter de télévision Stanislav Motl,
qui cherche, quant à lui, à dépister les criminels nazis sur le territoire
tchèque. Pour le secrétaire de la Fédération des communes juives en
République tchèque, Tomas Kraus, Simon Wiesenthal « a anticipé l'action du
Tribunal pénal international de La Haye ou du Tribunal pénal de l'ONU pour
le Rwanda. Chaque personne », écrit-il dans Hospodarske noviny, « qui
commet consciemment un crime de génocide ou un autre crime contre
l'humanité doit se rendre compte que, tôt ou tard, un Simon Wiesenthal le
traquera. »
Le directeur du Musée juif de Prague, Leo Pavlat, termine son article dans Lidove noviny par les propos de Simon Wiesenthal qui paraissent d'une actualité brûlante, à l'heure ou la République tchèque voit se rassembler sur son sol des groupes néo-nazis de toute l'Europe, comme cela été le cas le week-end dernier : « Si à la haine et au sadisme s'ajoute la technologie moderne, l'enfer peut recommencer à n'importe quel endroit. »







