Semaines des cultures tchèque et tchécoslovaque à Nancy

Jusqu’au 31 mars prochain se déroulent à l’Université de Lorraine les Semaines des cultures tchèque et tchécoslovaque. Une manifestation incontournable de la vie culturelle à Nancy, préparée chaque année, depuis 2001, par les enseignants et les étudiants de langue, de littérature et de civilisation tchèques. L’édition 2018 se déroule sous les auspices de Petr Drulák, ambassadeur de la République tchèque en France, politologue et ancien directeur de l’Institut des relations internationales à Prague. C’est Petr Drulák en personne qui donne, ce lundi, une conférence à l’Université de Nancy, consacrée au passé et à l’avenir de l’Europe. Professeure de tchèque à Nancy et principale organisatrice de l’événement, Lenka Froulíková nous en dit plus :

Petr Drulák, photo: Robert Janás / MZVPetr Drulák, photo: Robert Janás / MZV « La conférence est organisée dans le cadre des Semaines des cultures tchèque et tchécoslovaque, mais également par notre groupe de recherche CERCLE. Elle est ouverte aussi bien aux étudiants et aux enseignants de l’Université de Lorraine qu’au grand public. Petr Drulák a écrit en 2012 un livre intitulé ‘Politika nezájmu - Česko a Západ v krizi.’ Dans cet ouvrage, il parle d’une certaine politique de désintérêt et de la crise au sein de l’UE. Aujourd’hui, l’UE traverse également une période de crise, liée notamment au Brexit… Au cours de la conférence, nous pourrons certainement discuter de la politique d’Emmanuel Macron qui défend une Europe à plusieurs vitesses. Je pense que les thèmes liés aux relations entre l’Europe occidentale et l’Europe centrale et orientale seront au cœur du débat, car ils interpellent beaucoup d’Européens. »

La programmation des semaines culturelles tchèques est marquée par les grands anniversaires que les Tchèques célèbrent cette année. De quelle manière rappelez-vous les événements des années 1918, 1948 et 1968 ?

'Du rythme dans les jambes', photo: ČT / Pavla Černá'Du rythme dans les jambes', photo: ČT / Pavla Černá « Vendredi 30 mars, nous allons notamment projeter un film qui fait écho aux événements de 1948. Il s’agit du film d’Andrea Sedláčková intitulé ‘Du rythme dans les jambes’, en tchèque Rytmus v patách qui est une adaptation de ‘La belle saison’ de Josef Škvorecký. Avec mes étudiants de langue tchèque, nous avons étudié quelques extraits de ce roman. Je pense que ce film illustre bien ce qui s’était passé en Tchécoslovaquie après le coup d’Etat communiste de 1948 et comment la jeune génération a vécu les années 1950. Nous avons invité Andrea Sedláčková, cinéaste et écrivaine tchèque installée en France, à participer à la soirée. Nous organiserons donc une sorte de ciné-conférence et je me réjouis du fait que nos étudiants puissent y participer et poser des questions à la cinéaste. »

Tout au long du mois de mars, les Semaines des cultures tchèque et tchécoslovaque proposent une exposition de linogravures de Stanislav Špelda, peintre, graveur et dessinateur. Que peut-on dire de cet artiste et de son œuvre ?

Linogravure de Stanislav ŠpeldaLinogravure de Stanislav Špelda « Il s’agit d’une des plus belles expositions que nous avons pu organiser dans le cadre de cette manifestation. Outre la peinture à l’huile, Stanislav Špelda pratique la pointe sèche, la gravure sur cuivre et à l’eau-forte, ainsi que le mezzo-tinto. A Nancy, il expose de différentes techniques, y compris des linogravures. En plus, il montre au public les objets qu’il utilise, ses outils de gravure, toujours avec un texte explicatif. Stanislav Špelda est un montagnard, un artiste fortement influencé par sa région, les Monts des Géants. Sa création exprime, sous différentes formes, une coexistence entre la nature et l’activité humaine. A Nancy, son exposition reporte un grand succès. Même s’il expose aussi des gravures inspirées de ses voyages notamment en Asie, ce sont ses ‘œuvres tchèques’ qui plaisent le plus au public nancéen. »

Parmi les événements organisés dans le cadre de ces semaines de la culture tchèques, on trouve également un spectacle musical et visuel intitulé « L’Eau de Kupka ». Est-il lié à la grande rétrospective de František Kupka qui s’ouvre cette semaine au Grand Palais à Paris ?

František Kupka, 'L'Eau ou La Baigneuse'František Kupka, 'L'Eau ou La Baigneuse' « Bien sûr qu’il y a une liaison entre les deux événements. Au Musée des Beaux-Arts de Nancy est exposé un tableau de Kupka intitulé ‘L’Eau ou La Baigneuse’, offert au Musée par madame Kupka après le décès du peintre. František Kupka, un des fondateurs de l’art abstrait, s’intéressait aux déformations optiques des objets immergés dans l’eau. Deux musiciens tchèques, Marie Kopecká-Verhoeven et Jan Krejčík, qui avaient déjà donné un concert lors d’une des précédentes éditions des Semaines tchèques à Nancy, se sont inspirés de ce tableau pour leur spectacle. Aussi, ils ont puisé leur inspiration dans les spectacles de la Lanterne magique de Prague (spectacles qui mélangent arts scéniques et cinématographiques, ndlr), pour finalement combiner des effets visuels avec de la musique. Leur représentation fait converger de la musique, des techniques théâtrales, de nouvelles technologies ou encore des sculptures éphémères, en créant un univers poétique et expressif. Par ce spectacle, nous terminerons en beauté les Semaines des cultures tchèque et tchécoslovaque à Nancy. »