Réfugiés syriens : des Tchèques veulent manifester leur solidarité

« Češi Pomáhají », c’est-à-dire « les Tchèques aident » en français, tel est le nom d’une pétition destinée à convaincre le gouvernement tchèque d’en faire plus pour l’accueil des réfugiés syriens. L’initiative est soutenue par des personnalités connues de la société civile tchèque, et parmi elles la traductrice Šárka Fialová, que Radio Prague a interrogée :

Šárka Fialová, photo: YouTubeŠárka Fialová, photo: YouTube « La pétition est née après que les images des victimes de l’attaque chimique d’Idleb ont fait le tour du monde en avril dernier. Et nous ne comprenions pas pourquoi la République tchèque ne faisait pas plus pour aider les victimes de la guerre. AlorPhoto: UNmigration via Foter.com / CC BY-NC-NDs que le gouvernement s’est engagé à accueillir 1500 réfugiés en septembre 2015, il n’a depuis effectivement accueilli que dix ou douze personnes. C’est une honte à l’échelle internationale et nous voudrions que la Tchéquie fasse plus pour ces victimes. »

Une « honte » liée pour beaucoup à l’état de l’opinion tchèque, dont une bonne partie rejette l’accueil des réfugiés avec un monde politique qui ne semble guère plus disposé à leur égard. Et Šárka Fialová de citer les sorties récurrentes du chef de l’Etat Miloš Zeman sur le sujet pour appuyer son propos.

Au printemps dernier, le ministre de l’Intérieur, le social-démocrate Milan Chovanec, annonçait d’ailleurs que Prague renonçait à appliquer le programme de relocalisation des migrants arrivés en Grèce ou en Italie. Dans les faits, la République tchèque avait déjà cessé toute démarche d’accueil depuis plus d’un an, avec un bilan de douze réfugiés accueillis sur le territoire nationale. Dans ce contexte, les initiateurs de la pétition « Češi Pomáhají » insistent sur le fait que la Tchéquie pourrait au moins donner l’asile à des femmes et à des enfants ayant fui la guerre en Syrie. Cela serait une sorte de « voie médiane », selon les dires de Šárka Fialová, pour satisfaire tout le monde :

Photo: UNmigration via Foter.com / CC BY-NC-NDPhoto: UNmigration via Foter.com / CC BY-NC-ND « C’est pour cela qu’il y a une orientation vers les mères et leurs enfants, pour que la pétition ne fasse pas peur à une partie de la société tchèque. C’est quelque chose dont il faut sans cesse parler parce que la xénophobie est d’abord une conséquence d’un manque d’information. Il y a beaucoup d’informations non vérifiées, des demi-vérités ou simplement des mensonges qui sont diffusés. Plus les gens ont l’opportunité d’avoir accès à des informations vérifiées, plus ils sont en mesure de comprendre que le risque d’accueillir des réfugiés est bien moindre que ce que certains peuvent ici nous affirmer. »

L’originalité de la pétition est de proposer à ses signataires d’indiquer le mode d’action qu’ils veulent privilégier. Ils peuvent ainsi apporter une aide financière aux organisations qui aident les réfugiés sur le terrain, agir directement auprès d’elles ou tout simplement faire part publiquement de leur soutien, ce qui n’est pas forcément anodin dans une société où la question est source d’importantes crispations.

Différentes personnalités ont annoncé leur soutien à la démarche, pour ne pas « être indifférents aux souffrances d’autrui » - c’est le mot d’ordre de la pétition. Parmi eux l’acteur Jan Hrušínský, la biologiste Ruth Hálová ou bien encore le directeur du zoo de Dvůr Králové Přemysl Rabas. Mais on trouve aussi des anonymes :

« Ce sont des gens de toute la République tchèque, de professions diverses, de formations diverses. Il y a des personnalités connues, des acteurs, des chartistes ou bien des scientifiques. Le soutien vient vraiment d’un spectre très large et pas limité. Peu importe le niveau de diplôme ou la situation financière, ce sont des gens qui sont conscients du fait qu’apporter une aide est la bonne chose à faire. »

La pétition est accessible à l’adresse suivante : cesipomahaji.cz.