Faits et événements Rachid Taha : « Les vrais artistes donnent leur avis sur la politique »
Mercredi, le chanteur compositeur franco-algérien Rachid Taha s’est produit au Lucerna Music Bar. Ce n’était pas la première fois que Rachid Taha se présentait au public tchèque, qui avait déjà pu l’écouter dans plusieurs festivals, à Ostrava ou à Trutnov. Mais l’intérêt est toujours là, et même grandissant, pour sa musique, mélange de rock, de punk et de mélodies arabes. Rachid Taha est en tournée pour son dernier album.
Rachid Taha
Bonjour, Rachid Taha.
« Bonjour. »
Bonjour, c’est le nom de votre dernier album, préparé en collaboration avec Gaëtan Roussel, du groupe Louise Attaque. Pouvez-vous nous parler de cet album ?
« J’avais envie de faire une sorte d’album country qui fait la
trilogie entre l’Orient, l’Afrique et la France…et même une
quadrilogie avec les Etats-Unis. Je voulais l’enregistrer à Nashville,
mais j’ai commencé à faire des maquettes à Paris. J’ai rencontré
Gaëtan. Au départ, je voulais juste faire un duo avec lui puis je me suis
rendu compte que l’on avait des points communs sur la musique et je lui
ai proposé que l’on réalise tout l’album.
J’étais très ami avec Alain Bashung, qui était et qui est pour moi
l’un des plus importants musiciens du monde. Il travaillait avec Mark
Plati, comme Gaëtan. Je me suis dis que c’était vraiment bien et que ce
serait même un hommage. Et c’est comme ça qu’on a fait cet album à
Paris et à New-York. »
Vous avez remarqué que vous êtes toujours classé dans la catégorie « raï » en France, alors qu’on vous classe dans d’autres pays tout
simplement dans la musique rock. A votre avis, comment êtes-vous perçu
ici en République tchèque ?
« Rock ! Rock ! J’ai fait Africa Express avec Damon Albarn, je joue avec Tony Allen, avec le bassiste des Clash, avec Mick Jones, Brian Eno. Cela fait trente ans que je travaille avec Steve Hillage. J’ai chanté avec Robert Plant de Led Zepellin, j’ai travaillé avec Don Was qui est le producteur d’Iggy Pop, de Bob Dylan, des Rolling Stones. J’ai eu le prix du meilleur album en Angleterre. D’après Mojo, d’après The independant, je suis le plus grand rocker du monde. En France, ils font abstraction de tout cela. »
Depuis le célèbre ‘Rock el Casbah’, il est effectivement difficile
de ne pas vous classer parmi les vrais rockers. Pourtant, en voyant la
pochette de l’album et votre site Internet, tout est très kitch. Ca
casse un peu le mythe…
« Non, c’est complètement romantique. Et c’est très punk. Attention, les punks sont des romantiques. Et ils sont kitch. Pour moi, la plus grande star du monde, c’est Elvis Presley. Il n’y a pas plus rocker qu’Elvis Presley. Personne ne l’égale. Et le rock, c’est kitch. »
Actuellement, en France, on connaît le fameux débat sur l’identité
nationale. Vous passez votre temps à voyager et on vous interroge beaucoup
sur ce sujet, alors j’aimerais surtout vous demander si vous remarquez
des différences dans la façon dont on vous interroge à ce sujet selon
les pays dans lesquels vous vous trouvez ?
« On m’interroge comme si j’étais un spécialiste. On m’a même
demandé d’aller faire une résidence dans une université aux Etats-Unis
pour parler de la vie sociale des immigrés.
En Tchéquie, il y a des problèmes avec les Roms. En Allemagne, c’est
avec les Turcs, en Espagne avec les Marocains, en Italie avec tout le
monde. Mais le débat est faussé dès le départ. C’est un faux
problème et une manière déguisée de cacher les vrais problèmes et de
pointer du doigt les nouveaux monstres. Depuis 2001, les monstres, ce sont
les musulmans.
Ce que je trouve intéressant, quand on regarde le monde des artistes,
c’est que beaucoup sont originaires d’Afrique du Nord. La plus grande
architecte, actuellement, est une Irakienne. En France, le plus grand
cinéaste, qui a reçu un César, c’est Abdel Kechiche, l’auteur de
‘La graine et le mulet’. ‘Le Prophète’, c’est un Français
d’origine algérienne qui a écrit le scénario. Donc, malgré tout, on
est encore là. »
Pensez-vous que c’est un rôle de l’artiste ou du musicien de participer aux débats politiques ?
« Non, mais son rôle, c’est de ne pas se cacher derrière un voile.
Mais oui, il doit donner son avis, c’est important. Parce qu’il n’est
pas anodin. Même quand tu parles d’un plat, ce que tu manges, c’est un
avis politique. Je pense que c’est important, qu’il ne faut pas se
cacher. Les vrais artistes, comme Zappa, comme Brian Eno, comme Joe
Strummer, donnent leur avis sur la politique. Je suis pour. »
Photos : Anne-Claire Veluire







