Qui pour succéder à Miloš Zeman au Château de Prague ?

Dix-huit candidats participeront – ou pourraient participer - à l’élection présidentielle, la deuxième de l'histoire en République tchèque organisée au suffrage universel direct, dont le premier tour est prévu les 10 et 11 janvier prochains. Mardi était le jour limite pour déposer une candidature au ministère de l’Intérieur.

Petr Mlsna, photo : Šárka Ševčíková, ČRoPetr Mlsna, photo : Šárka Ševčíková, ČRo A deux mois désormais de la tenue du premier tour, les Tchèques n’ont qu’une certitude, ou quasi-certitude : leur prochain président sera de nouveau un homme. Une seule femme a déposé sa candidature. Ancienne maire-adjointe du 8e arrondissement de Prague et inconnue du grand public, Terezie Holovská n’a toutefois pratiquement aucune chance d’être élue. Elle n’est pas la seule. Aussi incroyable que cela puisse paraître, toutes les candidatures ne sont en effet pas valables. Ministre-adjoint de l’Intérieur, Petr Mlsna explique pourquoi :

« Quatre candidats sont parrainés par un groupe de députés, mais un d’entre eux n’a obtenu la signature que d’un seul député. Trois autres candidats sont parrainés par des groupes de sénateurs, tandis que cinq autres ont présenté une candidature soutenue par les citoyens, mais au moins deux d’entre eux avec un nombre insuffisant de signatures. Enfin, six autres candidats ont déposé une candidature sans aucun soutien de qui ce soit, qu'il s'agisse des électeurs, des députés ou des sénateurs. »

Miloš Zeman, photo : ČTKMiloš Zeman, photo : ČTK Pour rappel, afin de pouvoir se présenter à l’élection présidentielle, un candidat doit avoir obtenu les signatures d’au moins 50 000 personnes en âge de voter ou le soutien de 20 députés ou 10 sénateurs. Il appartient donc désormais au ministère de l’Intérieur de vérifier que les différents dossiers déposés remplissent une de ces conditions pour les valider, avant d’annoncer la liste définitive des candidats, probablement le 24 novembre.

Quatre candidats font d’ores et déjà figure de principaux prétendants à l’exercice des fonctions de chef de l’Etat. Le président sortant Miloš Zeman tout d‘abord, mais aussi l’ancien président de l’Académie des sciences Jiří Drahoš, l'auteur, compositeur et homme d’affaires Michal Horáček et dernièrement donc l’ancien Premier ministre conservateur Mirek Topolánek. Personnage au passé politique douteux en raison de son implication supposée dans plusieurs affaires de corruption, Mirek Topolánek est le candidat, inattendu, de la dernière minute. Mardi, pour justifier sa démarche, il a expliqué qu’il ne souhaitait plus avoir un président qui abuse de ses pouvoirs, comme cela est actuellement le cas selon lui dans le cadre des négociations post-législatives pour la formation d’un nouveau gouvernement :

Mirek Topolánek, photo : ČTKMirek Topolánek, photo : ČTK « Je souhaite que ma candidature serve à ce que le nom de Miloš Zeman reste inscrit dans l’histoire comme celui du Premier ministre qui a conduit la République tchèque à l’OTAN et comme celui d’une personnalité qui mérite notre reconnaissance et notre estime. Je veux empêcher que l’on se souvienne de lui comme d’un président qui a violé l’ordre et les us constitutionnels. »

Si l’on s’en tient aux derniers sondages, Miloš Zeman, dont l’état de santé fait planer des doutes sur sa capacité à assurer un éventuel deuxième quinquennat, et Jiří Drahoš, qui se présente en qualité d'indépendant, sont les deux grands favoris du scrutin, loin devant les autres, parmi lesquels notamment l’ancien ambassadeur tchèque en France Pavel Fischer ou encore l’ancien PDG de Škoda Auto Vratislav Kulhánek.

Alžběta Králová, photo : APRAAlžběta Králová, photo : APRA Autre fait d’ores et déjà acquis : cette élection 2018 n’aura pas grand-chose en commun avec celle de 2013. Entre autres raisons parce que, à l’exception de Miloš Zeman, aucun des candidats ne s’était présenté il y a cinq ans de cela. Selon Alžběta Králová, consultante à l’Institut de marketing politique, cette donnée pourrait avoir son importance :

« Chaque élection est par définition différente. Néanmoins, la précédente en 2013 était spécifique dans la mesure où il s’agissait de la première élection au suffrage universel direct et que, du coup, l’intérêt des médias et des gens a été énorme. Cette fois, tous les candidats ne sont pas sur le même pied d’égalité. Miloš Zeman est le président sortant, ce qui lui permet, même s’il s’en défend, de mener une campagne électorale permanente et d’être présent dans les médias. Les autres candidats n’ont pas cet avantage, même s’ils peuvent profiter de l’expérience des candidats à la précédente élection pour lesquels il s’agissait d’une grande première et dont certains ne savaient pas forcément très bien comment mener campagne. L’autre grande différence par rapport à 2013 est le rôle des partis politiques. Aucun ne présente cette année son propre candidat, car tous ont compris que les gens préféraient élire une personnalité indépendante. »

Une nouvelle réalité donc qui n’empêchera cependant pas les partis en question d’exprimer leurs préférences tout au long de la campagne durant les deux mois à venir. Par ailleurs, Si, au premier tour, aucun des candidats ne recueille un résultat supérieur ou égal à la majorité absolue des suffrages exprimés, un second tour sera organisé les 26 et 27 janvier.