Quand la Bohême entre en scène en Franche-Comté

Du 5 au 10 février, le théâtre universitaire de Besançon donne carte blanche à des comédiens étrangers pour se produire sur scène lors du festival international des langues et des cultures du monde. Une troupe tchèque composée d’étudiants de l’académie des Arts de la scène de l’Université Charles est présente sur place pour jouer une pièce muette intitulée « Bohême ».

Pour cette première édition, Ghislaine Gaultier, organisatrice de l’événement, a voulu donner une dimension internationale au festival pour favoriser les échanges culturels et confronter les pratiques théâtrales. A dessein, des troupes marocaine, serbe, égyptienne, suisse, algérienne et tchèque ont été sélectionnées après un appel à candidature, comme elle l’a expliqué au micro de Radio Prague :

« On a envie de découvrir des cultures différentes, des langues différentes pour aller s’imprégner de ce qui se passe ailleurs au niveau théâtral et culturel. On part à la découverte de deux continents qui sont l’Europe et l’Afrique mais aussi de quatre langues qui sont l’arabe, le serbe, le français et le tchèque. »

Conséquence, le programme de la semaine est fourni avec des spectacles tous les soirs. Mais la participation des troupes ne s’arrête pas aux seules représentations. Elles proposent aussi des « workshops », censés permettre le partage des pratiques locales, comme nous l’explique Ghislaine Gaultier :

« A côté de ça, on a des “workshops”. Ce sont des ateliers de pratiques théâtrales qui sont proposés par les metteurs en scène invités des différents pays. Par exemple, nous avons eu un atelier de théâtre traditionnel fait par le groupe algérien, nous avons eu de l’improvisation théâtrale animée par une Egyptienne. Le groupe tchèque va proposer un atelier sur l’art du dialogue intérieure d’après un technicien de théâtre tchèque. »

Les spectacles sont proposés en langue originale mais cela ne semble pas être un frein à la bonne compréhension du message transmis par les comédiens. Anna Luňáková, metteuse en scène de la troupe tchèque et qui a monté une pièce spéciale pour l’occasion, a trouvé la parade.

« Dans notre pièce nous ne parlons pas. Quand j’ai réfléchi à ce spectacle, je me suis dit que nous allions aller à Besançon mais peut-être aussi ailleurs où le public ne comprend pas notre langue. Je me suis dit qu’il fallait que je m’applique à trouver un langage universel que tout le monde peut comprendre sans les mots. On chante beaucoup de chansons tchèques, on fait du bruit tout simplement, on fait des sons différents, mais on ne parle pas. Tout le monde peut comprendre. »

Pour résoudre le difficile problème de parler au spectateur sans mots, la petite troupe tchèque a monté une pièce intitulée « Bohême » qui puise son inspiration dans la campagne… morave ! Anna Luňáková nous la décrit :

« Notre pièce s’appelle Bohême. Cette pièce parle de notre culture, donc de la culture tchèque. On trouve dans cette pièce une petite histoire d’amour et de vengeance qui se déroule dans la campagne tchèque. Nous avons été inspirés plutôt par la Moravie que par la Bohême, d’ailleurs. »

Une performance qui a su captiver l’attention du public et raccourcir la distance qui sépare la Franche-Comté de la campagne morave.

« Je dois dire que je suis surprise car les spectateurs ont été très ouverts et très attentifs. Ils ont dit que c’était très agréable et très intéressant comment nous sommes arrivés à parler sans mots, comment le théâtre et la présence des comédiens sur la scène sont arrivés à casser la barrière de la langue. »