Prix Kafka : Margaret Atwood, l’auteure de La Servante écarlate, récompensée à Prague

Margaret Atwood a reçu le prestigieux prix littéraire international Franz Kafka, qui lui avait été attribué en mai dernier, à l’occasion d’une cérémonie organisée ce mercredi à la mairie de la Vieille-Ville à Prague. La célèbre romancière et essayiste canadienne est connue pour des œuvres comme Le Dernier homme, Le Tueur aveugle, et surtout La Servante écarlate, dont la récente adaptation en série a connu le succès public et critique. Radio Prague l’a rencontrée.

Margaret Atwood, photo: ČTKMargaret Atwood, photo: ČTK Paru en 1987, La Servante écarlate décrit un monde semblable au nôtre, peut-être dans un futur proche, où les êtres humains sont presque tous infertiles. Aux Etats-Unis, une secte de fous de Dieu prend le pouvoir et impose une nouvelle division de la société, où les femmes restées fécondes sont asservies pour être employées comme « domestiques » et assurer une fonction reproductive. June est l’une de ces femmes et l’on suit son histoire. Dans la série adaptée du livre, The Handmaid's Tale : La Servante écarlate, diffusée cette année, ce personnage est remarquablement interprété par Elisabeth Moss. Le roman rencontre ainsi un succès renaissant, une vingtaine d’années après sa parution. Margaret Atwood a une explication :

« Cela s’explique parce que toutes ces personnes qui parlaient de retirer des droits aux femmes dans les années 1980, ont maintenant le pouvoir d’agir de la sorte. Et elles agissent de la sorte. »

Même si elle est se défend d’être une écrivaine ‘féministe’, car elle ne travaille pas dans le cadre du mouvement féministe, les thèmes du droit des femmes et de la condition féminine dans une société patriarcale parcourent toute son œuvre, depuis la parution de son premier roman, La Femme comestible.

Une œuvre qui vaut donc aujourd’hui à la romancière de recevoir le prix Franz Kafka, remis à Prague par la Société Franz Kafka depuis le début du millénaire. Ce n’est peut-être pas un hasard, puisque Margaret Atwood a un lien un peu particulier avec le légendaire auteur du Procès :

 « J’ai lu Kafka quand j’étais adolescente et je pense que tout ce que vous lisez quand vous avez cet âge a une influence spéciale sur vous. A cette époque, j’ai également lu des romans d’horreur de la fin du XIXe siècle comme le docteur Jekyll et M. Hyde ou bien Dracula, ainsi que des maîtres de l’absurde dans l’immédiate après-guerre tels que Beckett et Ionesco. Et Kafka est vraiment une sorte de pont entre tout cela. »

Photo: 10/18Photo: 10/18 Autre sujet visiblement récurrent dans le travail de Margaret Atwood : les romans d’anticipation où l’humanité semble destinée à une extinction très prochaine, souvent en raison d’une baisse de la fertilité de notre espèce. C’est un thème qu’on retrouve dans Le Dernier homme, livre qui a également fait l’objet d’une adaptation réussie, sous la forme d’un film. De là à dire que Margaret Atwood est pessimiste, il y a un pas à ne pas franchir :

« Bien sûr, je suis optimiste. Tous les écrivains le sont sinon ils ne s’embêteraient pas à écrire. Si vous pensez que l’espèce humaine est condamnée et que personne ne lit vos trucs, cela vous est égal. Etre optimiste, qu’est-ce que c’est ? Tout va être merveilleux ? Non. L’espèce humaine évitera-t-elle de se détruire en acidifiant tellement les océans qu’ils cesseront de rejeter de l’oxygène ? Espérons que non ! Jusqu’à où cela peut aller mal ? C’est le pire, donc j’espère qu’on l’évitera. Mais en fait si j’étais une plante, ces choses-là ne m’inquiéteraient pas trop. »

Convenons ensemble que Margaret Atwood n’est pas une plante, mais l’une des écrivaines les plus talentueuses de sa génération, et l’obtention de ce prix Frank Kafka le montre assez.