Printemps en chansons

Toute la vie à la campagne se reflétait jadis dans la chanson folklorique qui mariait poésie, musique et danse. La chanson accompagnait les paysans pendant toute l'année et ne les quittait pas non plus, bien sûr, au printemps lors des fêtes de Pâques. C'est donc avec la chanson populaire tchèque et morave que je vous propose de célébrer les fêtes du printemps et le réveil de la nature.

Au XIXe siècle, le poète tchèque Karel Jaromir Erben a rassemblé d'une façon très systématique 2500 chansons tchèques. Ce recueil a permis au slavisant Louis Léger de découvrir l'immense richesse de l'art populaire tchèque. Il a été ravi et ému par ces petits chefs-d'oeuvre de poésie et a décidé de traduire certains d'entre eux en français. « Il y a, dit-il à propos du recueil de Karel Jaromir Erben, des chansons enfantines, des rondes, comme nous dirions en français, puis des complaintes relatives aux divers événements de l'année rustique, puis des chansons d'amour, puis des chansons nuptiales, des chansons à boire, des chansons satiriques, des chansons relatives à diverses professions, aux travaux, aux aliments du paysan, des chansons militaires, des balades ou complaintes et des chansons funéraires. Epigrammes et élégies, rires et pleurs, grossièreté rustique et naïveté charmante, tout s'y trouve. »

Photo: CzechTourismPhoto: CzechTourism La chanson était inséparable des coutumes pascales dont certaines ne sont pas encore oubliées à la campagne tchèque et surtout en Moravie. Comme par le passé, les garçons viennent toujours rendre visite aux jeunes filles, les battent avec des « pomlazka », une espèce de cravache confectionnée de verges de saule tressées, les aspergent d'eau et parfois les plongent même dans un ruisseau. Ces coutumes qui peuvent sembler barbares, ne provoquent pourtant que peu de protestations. Les jeunes filles, loin de s'en offusquer, remercient les garçons et leur donnent des oeufs souvent peints d'une façon très recherchée et très artistique. Elles savent que celle qui aura été bien battue et bien aspergée sera saine et fraîche pendant toute l'année...

Pour les gens de la campagne, le printemps marquait aussi le début des travaux des champs et la chanson les aidait et allégeait leur condition. La chanson reflétait et exprimait aussi le réveil de la nature, cette éclosion de la nouvelle vie qui apporte aussi un nouvel espoir et parfois aussi un nouvel amour. L'amour est d'ailleurs le thème principal de la chanson populaire tchèque et morave. C'est un sujet inépuisable qui apparaît dans la poésie du peuple sous des formes et des éclairages les plus divers : l'amour heureux, l'amour malheureux, les promesses, les plaintes, les voeux. Toute une panoplie de sentiments exprimés d'une façon simple, avec une économie de moyens étonnante, mais qui sont d'autant plus poignants et irrésistibles. C'est une énorme richesse encore inexplorée que nous devons à ces innombrables chanteurs et chanteuses anonymes qui étaient aussi de véritables poètes...

Photo: CzechTourismPhoto: CzechTourism La diversité des sujets et des sensations qu'on trouve dans la poésie populaire est due aussi, bien entendu, aux différences régionales. On peut constater une nette différence entre la chanson tchèque et la chanson morave. En Bohème, la chanson est souvent gaie, enjouée, pleine d'humour et de bonhomie. En Moravie, et plus encore en Slovaquie morave, on trouve plus de contrastes. Les airs rapides aux rythmes endiablés alternent avec des mélodies tristes et des complaintes émouvantes et d'une grande beauté.

C'est donc avec la chanson que je vous propose d'accueillir le printemps, de rendre hommage à la nature renaissante. Soyez sûrs qu'un peu de cette fraîcheur, un peu de cette nouvelle santé et de ce nouvel espoir rejailliront aussi sur vous.