Faits et événements Pierre Lévy, ambassadeur de France en République tchèque : apprendre le français, c’est travailler pour la diversité culturelle
En ce jour de la fête nationale française de ce mercredi 14 juillet, Radio Prague a posé quelques questions à M. Pierre Lévy, nouvel ambassadeur de France en RT depuis environ six mois. Une occasion de savoir d’abord ce que sa première mission en tant qu’ambassadeur à Prague signifiait pour lui.
Pierre Lévy « C’est vraiment d’abord un grand plaisir d’être à Prague, dans
cette ville magnifique, dans ce très beau pays au cœur de l’Europe, et
puis c’est la continuation logique de mon parcours professionnel,
puisque
je travaillais très très longtemps sur les questions européennes. Donc
aujourd’hui, être ici, pour continuer de manière extrêmement
concrète
à y travailler, c’est aussi une formidable responsabilité. Parce
qu’être ambassadeur, c’est la responsabilité de faire fructifier ce
capital qui existe entre nos deux pays depuis des années, depuis des
générations, et croyez bien que je suis très conscient de ma mission.
Aujourd’hui, c’est mon premier 14 juillet et je suis ravi de voir
cette
foule de nos invités tchèques et français qui incarnent la vitalité de
notre relation. »
Les relations entre la France et la République tchèque se sont particulièrement intensifiées au cours des deux présidences successives de l’UE, à quel stade se trouvent-elles aujourd’hui ?
« Cette succession de nos deux présidences a donné lieu à une
concertation sans précédent à tous les niveaux. Et aujourd’hui,
justement, alors que ce capital est entre nous, le capital de
connaissances
entre les administrations, entre les responsables politiques, ce
renforcement des relations commerciales et économiques, l’idée est
aujourd’hui, d’écrire en quelque sorte une nouvelle page de nos
relations bilatérales, parce qu’il y a d’abord un nouveau
gouvernement
en République tchèque qui vient d’être nommé et deuxièmement, parce
qu’il y a devant nous énormément d’enjeux qui sont très importants
pour nos deux pays. Je pense à la gestion de la crise économique, je
pense à toutes les questions de sécurité et bien évidemment aussi au
domaine culturel. »
Les regards des deux pays sur l’intégration européenne ne sont pas tout à fait identiques. Espérez-vous une certaine évolution dans ce domaine ?
« Je suis convaincu que nous nous retrouvons sur l’essentiel.
L’essentiel aujourd’hui, c’est d’avoir une Union européenne qui
est un espace économique avec le marché unique, c’est un bien commun,
comme la zone euro d’ailleurs, la République tchèque ne fait pas
partie
de la zone euro, mais elle est consciente qu’elle tient une grande
partie
de sa prospérité, car 85% de ses exportations sont destinées au marché
européen, de cette existence du marché unique et de la zone euro. Je
crois donc que c’est essentiel que ce socle nous réunisse. Ensuite,
nous
pouvons avoir des débats sur la manière d’aller de l’avant. Mais
quand on regarde aujourd’hui les discussions à Bruxelles et dans les
capitale sur la manière de répondre à la crise, je crois qu’il y a
beaucoup plus de pragmatisme que dans le passé sur la manière
d’aborder
ces questions, de combiner ce que nous faisons au plan national avec la
valeur ajoutée européenne. »
Les liens culturels ont toujours été forts, entre nos deux pays. Ne craignez-vous pas que la crise économique et les coupures budgétaires puissent menacer leur évolution ?
« Je suis très conscient du fait que la France est une référence
culturelle en République tchèque et ce domaine d’action est absolument
prioritaire pour nous. Cela étant, il faut aussi adapter notre
dispositif.
Je vois combien la demande de coopération de nos partenaires tchèques
évolue, il y a une vitalité extraordinaire à Prague et dans le pays, il
y a des festivals et des opérations dans tous les domaines. Il faut donc
adapter notre dispositif pour être partenaire dans ces différentes
initiatives. Je donne un exemple de la musique baroque. Pendant un certain
temps, il y a eu des opérations montées par nous, aujourd’hui, il y a
des master class, un travail en profondeur, peut-être moins
spectaculaire,
mais qui existe. Je crois qu’il est important d’adapter notre
dispositif. Je suis très attaché à la Štěpánská, comme
l’appellent
avec beaucoup d’affection nos partenaires tchèques, il y a bien sûr
aussi le poids des contraintes budgétaires, mais le dispositif doit
évoluer et va évoluer, mais en aucune manière, nous ne comptons
diminuer
la priorité que nous accordons à ce domaine. »
Quel est d’après vous le niveau de la francophonie en République tchèque ?
« Je rappellerai que la République tchèque est un pays observateur de
l’OIF. Et d’ailleurs nous avons eu la chance d’avoir son président
Abou Diouf à Prague, il n’y a pas très longtemps. Et c’était
vraiment très intéressant, j’avais beaucoup d’occasions de parler
avec lui et il a été très passionné par la visite qu’il a pu faire
ici. Le français est plutôt bien placé, c’est la troisième langue
enseignée, après l’anglais et l’allemand, on estime à 43, 44 000
personnes à apprendre le français dans le système scolaire. C’est
très important ici pour nous de continuer dans ce domaine, il y a
différents dispositifs, des sections bilingues, des sections européennes
aussi. Il y a aussi en France des sections tchèques, dans les lycées à
Dijon et à Nîmes. Tout cela participe justement de cet apprentissage du
français et le ministre des Affaires étrangères Jan Kohout, a remis, il
y a quelques mois, aux proviseurs de ces deux lycées, le prix Gratias
agit, prix pour ceux qui œuvrent pour le prestige et le rayonnement de la
République tchèque. Il y a donc un dispositif qui existe, qui est très
complet et pour nous il est très important de continuer à agir dans ce
sens pour que l’enseignement du français ouvre accès, aussi, à une
certaine vision du monde. Apprendre le français n’est pas uniquement
rendre hommage à la France, c’est aussi travailler pour la diversité
culturelle et pour moi, c’est très important. ».






