Pavlína Koubská, fonctionnaire tchèque en France : « Il me choque de voir Marine Le Pen comme une candidate légitime à la présidence »

Pavlína Koubská représente le Parlement européen au sein du ministère français des Finances. Citoyenne tchèque et française, elle nous donne son opinion sur cette élection présidentielle française inédite et imprévisible :

Photo: ČTKPhoto: ČTK « C’était effectivement une compétition très serrée et personne ne pouvait estimer comment le premier tour allait finir. Comme beaucoup de Français, j’ai voté, moi aussi, un vote utile, donc je peux être contente. En même temps, on ne peut pas se dire que c’est déjà gagné : l’écart entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen est assez court, il faut alors rester mobilisé. J’aurais espéré que l’écart entre les deux vainqueurs du premier tour soit plus marqué. Ou alors, la bonne surprise pour moi, ça aurait été que Marine Le Pen ne passe pas au second tour. Ce qui me choque, c’est que désormais, elle fait figure d’une candidate légitime pour le second tour. Je me souviens encore de l’année 2002, où son père Jean-Marie Le Pen était au second tour de l’élection présidentielle contre Jacques Chirac. On appelait cela un ’21 avril noir pour la France’. Actuellement, le succès de Marine Le Pen était attendu, ce qui me paraît assez décevant. »

On parle de ce scrutin comme d’un duel autour de l’avenir de l’UE. Quel est plus précisément l’enjeu de la présidentielle française pour l’Europe et plus particulièrement pour la République tchèque ?

Emmanuel Macron, phoo: ČTKEmmanuel Macron, phoo: ČTK « Effectivement, les deux candidats sont à l’opposé avec leurs opinions sur l’Europe. Emmanuel Macron serait un président français idéal pour la République tchèque, car il est pro-européen. Il faut peut-être rappeler que lui, il veut réformer l’Europe et la faire avancer avec ceux qui veulent avancer aussi. Il propose une collaboration beaucoup plus étroite entre les pays de la zone euro : il souhaite la mise en place d’un Parlement européen, d’un ministère des Finances et d’un budget européen pour la zone euro. Pour la République tchèque, c’est un thème d’actualité : elle peut rester à l’écart ou alors elle peut réfléchir sérieusement sur une date de son entrée dans la zone euro. »

Pavel Fischer, photo: Ondřej TomšůPavel Fischer, photo: Ondřej Tomšů Ancien ambassadeur tchèque en France et l’actuel directeur de l’institut de sondages STEM, Pavel Fischer apporte encore un autre point de vue sur le favori de l’élection présidentielle française Emmanuel Macron.

« Emmanuel Macron est intéressant. Il apporte une promesse de changement, une promesse d’avenir. Apporter des promesses et des propositions qui soulèvent l’espoir fait partie du jeu politique. Il a réussi à incarner cette promesse et à porter toutes les attentes liées à lui-même et à son mouvement. A titre personnel, j’ai été touché par le fait qu’il a été le seul à citer dans la campagne présidentielle le nom de Václav Havel, l’ancien président tchécoslovaque, dissident et écrivain. Un homme de conviction qui a été profondément européen. »