Faits et événements Pavel Bém, un alpiniste à bout de souffle
Un an près la révélation d’un scandale d’écoutes et de corruption au sein du parti Affaires publiques, à l’origine de la crise gouvernementale du printemps dernier, un autre pilier de la coalition tripartite, l’ODS, est ébranlé par une affaire d’écoutes téléphoniques. Au cœur de celle-ci, l’ex-maire de Prague Pavel Bém, le lobbyiste Roman Janoušek et les liens étroits tissés entre les deux hommes, qui ont permis au « parrain du business pragois » de contrôler, de facto, la gestion financière de la capitale tchèque.
Roman Janoušek et Pavel Bém
Pendant très longtemps, il passait, officiellement pour un des hommes
politiques les plus influents (et également les plus arrogants) du Parti
civique démocrate ODS : Pavel Bém, 48 ans, psychiatre, alpiniste, maire
de Prague entre 2002 et 2010 et pendant deux ans également
vice-président
de l’ODS. Or, les retranscriptions de ses conversations téléphoniques
publiées la semaine dernière par le quotidien Mladá fronta Dnes
démontrent que l’ancien maire de Prague aurait une sorte de frère
jumeau encore plus influent en politique que lui-même, un conseiller et
surtout un sponsor très généreux, quelqu’un qui surnommait Pavel Bém « colibri » ou « chaton » et qui s’appelle Roman Janoušek.
Il y a quatre ans, Pavel Bém affirmait que ce serveur de profession, diplômé en droit en 2003 et milliardaire bien connu dans le milieu politique tchèque n’était qu’un ami parmi tant d’autres et qu’il ne le fréquentait qu’une fois par semaine, à l’occasion d’une partie de tennis.
Pavel Bém
Les conversations téléphoniques datant de 2007 et mises à jour par
Mladá fronta Dnes témoignent d’une tout autre réalité : Roman
Janoušek aurait co-décidé des dossiers hautement importants, à savoir
du plan d’urbanisme de Prague, de la vente de terrains ou encore de la
politique des ressources humaines de la mairie. En contrepartie, Janoušek
aurait financé les nombreux voyages à l’étranger de Pavel Bém, qui a
par ailleurs grimpé au sommet du Mont Everest en mai 2007, et il lui
aurait également acheté des articles de luxe.
L’origine de ces écoutes téléphoniques était, lundi encore, entourée de mystère : réalisées apparemment par le Service de renseignement BIS, elles ont été obtenues en 2009 par la société privée de surveillance ABL. Il n’est pas sans intérêt d’avoir en tête que cette agence appartenait alors à Vít Bárta, fondateur du parti gouvernemental Affaires publiques, et mis en cause, lui-même, dans une affaire de corruption interne à son parti.
Pavel Bém, quant à lui, défend son innocence :
Pavel Bém
« Les écoutes sont une saloperie, une violation brutale de la vie
privée. Que celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre », a écrit l’ex-maire de Prague dans sa déclaration au
quotidien
économique Hospodářské noviny, affirmant qu’il allait « se
battre
jusqu’à son dernier souffle », comme il l’a fait en gravissant
le
Mont Everest.
Les médias n’ont pas tardé à faire un parallèle entre « l’affaire Janoušek » et « l’affaire du Gorille », un vaste scandale de corruption impliquant tous les grands partis politiques en Slovaquie et qui a contribué à la déconfiture de la droite aux récentes élections législatives dans ce pays voisin. Par ailleurs, le Parti civique démocrate prend les révélations de la presse tchèque au sérieux. « Je me suis senti très mal à l’aise après avoir entendu les conversations téléphoniques de l’ancien maire », a déclaré, à la Télévision tchèque, le député ODS Marek Benda qui a recommandé de suspendre l’appartenance de Pavel Bém à l’ODS, une position soutenue, lundi, par l’actuel maire de Prague et chef de la section pragoise de l’ODS, Bohuslav Svoboda.
Dans son édition de lundi, le quotidien Hospodářské noviny rapporte une anecdote : pour son quarantième anniversaire, le lobbyiste Roman Janoušek a reçu, de la part de son ami Pavel Bém, un gâteau représentant la prison pragoise de Pankrác. « Ce cadeau ne fait plus rire personne », écrit le journaliste Jindřich Šídlo en évoquant de nombreux projets peu transparents de la municipalité de Prague. « Il est devenu », poursuit-il, « tout comme le contenu de ces écoutes téléphoniques, le symbole d’une époque que nous avons vécue et dont nous ne nous sommes pas encore remis. »
Roman Janoušek, photo: Nova
Et pour cause, la police a d’ores et déjà déposé une plainte en
justice contre Roman Janoušek : non pas pour des activités de corruption
mais pour avoir causé un grave accident de la route, vendredi dernier, au
centre de Prague, en conduisant sa Porsche Cayenne en état
d’ébriété.






