One World, le festival du film sur les droits de l’Homme, fête ses vingt ans

Du 5 au 14 mars, le festival du film sur les droits de l’Homme One World s’installe à Prague, ainsi que dans 36 autres villes du pays. Lancé il y a 20 ans de cela, le festival est né de l’action humanitaire de la plus grande ONG tchèque en Europe centrale, People In Need, avec l’idée que le grand public se familiarise davantage avec la problématique des droits de l’Homme à travers des films. Une façon pour l’ONG de démontrer par l’image la nécessité de son action.

Vingt ans après sa création, le festival One World a bien grandi. Chaque année, c’est désormais plus d’une centaine de films d’une cinquantaine de pays différents qui sont projetés pendant les dix jours de ce rendez-vous du documentaire. Julie Kárová fait partie de la direction artistique du festival, elle dresse un petit bilan de ces 20 ans écoulés :

« Le festival s’est agrandi. Mais il a aussi élargi sa palette thématique. Evidemment, il reste un festival du film sur les droits de l’Homme, mais nous abordons aussi des thèmes comme l’écologie, les styles de vie alternatifs… Nous essayons aussi d’organiser des évènements parallèles avec d’autres ONG ou bien des campagnes pour que les films puissent avoir un impact direct. Nous voulons que les films projetés exercent une certaine influence sur les spectateurs afin qu’ils agissent. Nous ne voulons pas seulement qu’ils regardent passivement les films, mais les motiver à participer au changement. »

Pour cette année anniversaire, le thème central du festival est « Actualisation du système », inspiré de ce que font aujourd’hui de temps à autres, les ordinateurs ou les smartphones, comme le détaille encore Julie Kárová :

« Nous voulons attirer l’attention sur l’accélération de l’information. Les informations nous tombent dessus de tous les côtés, surtout par les réseaux sociaux. Nous devons réagir à tout très rapidement, se faire une opinion, parfois nous n’avons même pas le temps de vérifier la véracité ou non des informations. Nous disons donc qu’il est bien de s’arrêter parfois, de laisser le système faire son actualisation, de réfléchir quelque temps afin d’obtenir un meilleur résultat. »

'Bohu žel', photo: Festival One World'Bohu žel', photo: Festival One World Comme d’habitude, l’éventail de films proposés est immense et les thèmes abordés variés. Parmi les productions locales, on notera Bohu žel, de Saša Dlouhý qui évoque la vie des migrants en République tchèque, ou When the War Comes de Jan Gebert, récemment présenté à la Berlinale, qui parle d’un groupe paramilitaire en Slovaquie. La situation actuelle aux Etats-Unis, avec Donald Trump au pouvoir, sera également abordée. Ou encore l’embrigadement idéologique des enfants en Syrie, dans l’environnement des milices qui combattent le régime de Bachar el-Assad. La longue marche vers l’égalité des femmes en Arabie Saoudite sera évoquée à travers l’histoire d’Hisse Halal, première femme à avoir atteint la finale d’un concours télévisé de poésie.

Cette année, plusieurs invités francophones seront également présents, comme le précise encore Julie Kárová :

'Rien n'est pardonné', photo: Festival One World'Rien n'est pardonné', photo: Festival One World « La journaliste marocaine Zineb el-Rhazoui sera présente au festival : elle est chroniqueuse pour le journal satirique Charlie Hebdo et elle a échappé à l’attentat contre ce dernier parce qu’elle était à l’époque au Maroc. Elle présentera un film dont elle est le sujet central, Rien n’est pardonné, et participera à des débats. » A ne pas manquer non plus, la présence de la réalisatrice franco-vénézuélienne Margarita Cadenas qui, dans son documentaire, se concentre sur cinq femmes de générations différentes, qui s’efforcent tant bien que mal de vivre en dépit de la crise économique et politique au Venezuela.

Et comme d’habitude, One World sera aussi à Bruxelles, au printemps, ainsi que le rappelle Julie Kárová :

« One World à Bruxelles se déroulera cette année pour la douzième année consécutive du 23 avril au 3 mai. Nous sélectionnons une quinzaine de films du programme pragois que nous présentons à un public européen. Nous coopérons avec le Parlement européen, nous organisons des projections à la représentation permanente de la République tchèque auprès de l’Union européenne, ou à l’ambassade de Norvège. Nous essayons d’interpeller ainsi les politiciens et fonctionnaires européens. C’est l’aspect plus militant du festival puisque des responsables de l’ONG People In Need se rendent sur place, participent à des débats, rencontrent des décideurs etc. One World à Bruxelles a donc une dimension un peu différente du festival à Prague. »

https://www.oneworld.cz/2018/