Nucléaire iranien : la diplomatie tchèque s’inquiète du programme balistique de Téhéran

Les tensions entre Israël et l’Iran se sont accentuées à l'annonce du retrait des États-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien, annoncé mardi dernier par le président Donald Trump. Mercredi, la République tchèque a fait part de son intention soutenir cet accord signé en juillet 2015 après de longues années de négociations.

Donald Trump, photo: ČTKDonald Trump, photo: ČTK Les médias parlent de la décision « la plus osée, la plus risquée et la plus lourde de conséquences » de Donald Trump depuis le début de son mandat. La première réaction a été symbolique : mercredi, des députés iraniens ont brûlé un drapeau américain en papier et une copie de l’accord à la tribune du Parlement. Ensuite, dans la nuit de mercredi à jeudi, des missiles israéliens ont été lancés sur le territoire syrien après que des tirs de roquettes iraniennes ont atterri sur la partie du Golan occupée par Israël.

Analyste pour le site tchèque Info.cz, Pavel Novotný s’explique sur la possible évolution de la situation :

« Je ne crois pas qu’un nouveau conflit armé puisse éclater. Les deux pays, l’Iran et les Etats-Unis, s’y sont catégoriquement opposés. Néanmoins, on peut s’attendre à ce que les tensions s’accroissent encore davantage, surtout parce que les Etats-Unis ont clairement soutenu ses alliés dans la région, à savoir l’Arabie Saoudite, pays à dominante sunnite, et Israël. Automatiquement, l’Iran et ses alliés ont été étiquetés comme ennemis des Etats-Unis. »

L’Union européenne a réagi en déclarant qu’elle était déterminée à préserver l'accord sur le nucléaire iranien. Dans un communiqué publié mercredi, le ministère tchèque des Affaires étrangères a déclaré que l’accord sur le nucléaire iranien était « un instrument important pour réduire le risque de prolifération des armes nucléaires et pour la dénucléarisation de la région ». Néanmoins, la République tchèque, qui compte d’ailleurs parmi les alliés les plus fidèles d’Israël en Europe, ne partage pas entièrement la position de Bruxelles, comme l’explique le ministre des Affaires étrangères Martin Stropnický:

Martin Stropnický, photo: Filip Jandourek, ČRoMartin Stropnický, photo: Filip Jandourek, ČRo « Nous ne voulons pas contester la position de l’Union européenne, loin de là. Il est vrai que l’accord mis en place en 2015 a permis d’effectuer un contrôle efficace du programme nucléaire iranien. D’un côté, les spécialistes de l’ONU ne se sont jamais plaints de ne pas pouvoir accéder aux endroits soumis à ce contrôle. De l’autre côté, nous ne pouvons pas négliger les arguments d’Israël, pays avec lequel nous avions conclu le partenariat stratégique, et des Etats-Unis. Ces deux pays dénoncent ce constat. (…) Je regrette aussi que la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini n'ait pas mentionné le risque que peuvent constituer les missiles balistiques développés par l’Iran. Ces missiles ont une portée de 500 à 12 000 kilomètres et peuvent porter différents types d’ogives. »

Par ailleurs, le chef de la diplomatie a critiqué le rétablissement des sanctions américaines à l’encontre de Téhéran :

« Evidemment, les sanctions économiques annoncées par le président Trump peuvent affecter des entreprises européennes. Ceci dit, nous allons globalement soutenir la position de l’UE, en remarquant toutefois qu’à notre avis, celle-ci ne prend pas tout à fait en considération d’autres aspects du problème. »

Une mission économique tchèque, composée de professionnels des secteurs de la verrerie, de la construction de tramways ou encore de l'industrie pharmaceutique s’est envolée en avril dernier pour l’Iran, qui compte d’ailleurs parmi les pays les plus endettés à l’égard de la République tchèque. Néanmoins, les futurs investissements tchèques dans ce pays s’avèrent très problématiques, voire impossibles, selon les estimations de l’agence CzechTrade, l’agence publique spécialisée dans le soutien aux exportations des entreprises tchèques.