Faits et événements Norma de Bellini au Théâtre national : une dette non payée
Le Théâtre national de Prague a attendu 72 ans pour présenter, ce jeudi, une nouvelle production de Norma. Le chef d'oeuvre de Vincenzo Bellini est redoutable car il exige de la part des interprètes des voix exceptionnelles et une technique vocale impeccable. C'est pourquoi le Théâtre national a fait appel à deux cantatrices renommées.
Norma
On peut dire que la diva russe Olga Makarina ayant incarné Norma et Carmen
Oprisanu qui a chanté Adalgisa sont à la hauteur de leurs rôles. Les deux
cantatrices chantent dans les plus importants théâtres lyriques du monde
dont le MET de New York. On n'arrive pourtant pas à chasser le souvenir des
performances de Maria Callas ou de Joan Sutherland qui ont su donner au
personnage de la prêtresse gauloise non seulement une admirable voix mais
aussi une grande intensité dramatique.
Bruno Berger-Gorski
Le point le plus faible de cette dernière production du Théâtre national
est cependant la mise en scène et aussi la scénographie. Le metteur en
scène allemand Bruno Berger-Gorski a modernisé l'histoire de la prêtresse
druidique en la transposant de l'année 50 avant Jésus-Christ aux années 40
du XXe siècle :
« Ici à Prague, l'une des principales villes européennes, nous avons choisi avec le scénographe Daniel Dvorak et le costumier Osmany Laffita une conception intemporelle. Nous avons situé l'action dans les années 1940, ce qui est la période de la guerre, mais d'une guerre générale. Ce n'est pas la Gaule occupée par les Romains, mais l'espace abstrait de l'âme, c'est la prison de l'âme d'une femme, de Norma, qui a mis au monde deux enfants conçus avec l'ennemi. Et dans cet espace restreint s'ouvre à la fin un grand espace utopique pour une nouvelle liaison entre Norma et Pollione. Dans le final utopique de l'opéra tous les aspects de l'occupation disparaissent. »
Norma
Le public d'opéra est habitué à ce genre de transposition et parfois une
telle approche des oeuvres du passé est défendable. Cette fois-ci cependant
les évolutions des chanteurs en costumes qui ressemblent à des uniformes
nazis sèment la confusion dans l'action de l'opéra et désorientent non
seulement les spectateurs mais probablement les exécutants eux-mêmes.
L'histoire de Norma, qui se venge terriblement de Pollione, le proconsul
romain qui a cessé de l'aimer, devient opaque, les caractères des
personnages n'arrivent pas à se dessiner et le public, déboussolé, cherche
en vain la logique de ce qui se passe sur la scène. Dans ces circonstances
il serait donc injuste de reprocher aux chanteurs qu'ils manquent
d'intensité dramatique. L'accueil tiède et quelques sifflets que le public
a réservés à la première de l'opéra, ce jeudi, démontrent avec évidence que
la dette du Théâtre national vis-à-vis de Norma n'a pas été payée.







