Pour le ministre de l’Education tchèque, « les études en France ouvrent l’esprit à la pensée critique »

Ministre de l’Education au sein du gouvernement sortant, Stanislav Štech a lui aussi étudié en France, où il a passé – et obtenu, cela va de soi - son baccalauréat. C’était en 1973, à la section tchécoslovaque du lycée Carnot à Dijon. Dans un français toujours aussi bon qu’à l’époque, Stanislav Štech a évoqué son expérience et comparé les systèmes scolaires tchèque et français au micro de Radio Prague :

Stanislav Štech, photo: Štěpán Hon / Site officiel de l'ambassade de France à PragueStanislav Štech, photo: Štěpán Hon / Site officiel de l'ambassade de France à Prague « Nous faisions partie de la dernière promotion, puisque la section tchécoslovaque a été fermée par le pouvoir communiste en 1973. Il y a eu ensuite dix-sept ans de pause, puis la réouverture de la section en 1990. »

Comment cette expérience vous a-t-elle influencée ?

« Je ne veux pas être trop pathétique, mais je pense que cela a été une expérience décisive dans ma vie. Les gens pensent qu’on y apprend surtout le français, qu’on a un bac solide, que c’est un réseau social d’amis. Mais ce n’est pas seulement ça. Le plus important est que cela vous ouvre l’esprit vers la pensée critique. Cela a totalement changé et influencé de manière décisive ma vie. Même en psychologie et en sciences de l’éducation, qui était ma filière, j’étais très ouvert à un mode de pensée différent du mode de pensée anglo-saxon. J’ai d’ailleurs continué à travailler avec des chercheurs français par la suite. Ce tournant des années 70 a orienté ma vie jusqu’à aujourd’hui finalement. »

En tant que ministre de l’Education, pouvez-vous comparer les deux systèmes ? Quels sont les différents avantages des systèmes tchèque et français ?

« Je viens de parler à l’ambassade des différences de pratiques pédagogiques visibles. Mais il faut faire une distinction entre le système, ses valeurs, et les pratiques pédagogiques. Pour ce qui est des valeurs, les Tchèques sont quand même plus orientés vers la compétitivité, l’excellence ; la scolarisation et l’éducation sont vues comme des champs de bataille. C’est beaucoup plus fort ici qu’en France. Les valeurs sont claires là-bas, notamment les valeurs de Jules Ferry, tandis que nous les Tchèques avons du mal à parler de gratuité, d’égalité d’accès… Nous avons de plus en plus de mal à entretenir ses valeurs, qui semblent évidentes pour les Français. On le voit par exemple avec la mise en place de l’éducation inclusive dans notre pays.

Photo illustrative: Archives de Radio PraguePhoto illustrative: Archives de Radio Prague En ce qui concerne le système en France, malgré toutes les différences qui existent, il y a toujours le concept du collège unique, c’est-à-dire former les enfants ensemble le plus longtemps possible. En Tchéquie, il y a un retour au système scolaire de l’entre-deux-guerres ; il existe des lycées de huit ans, de six ans, différents lycées privés, spécialisés… Dès l’âge de dix ans, les enfants entrent de plus en plus dans des ghettos sociaux. Pour ce qui est des pratiques pédagogiques, il y a un accent extraordinaire sur l’écrit. A mon avis, l’écrit est décisif, car il permet d’inculquer la discipline aux élèves. L’accent sur l’écrit marque une vraie distinction entre les classes tchèques et françaises. »

Voudriez-vous que ces deux systèmes se rapprochent à l’avenir ?

« J’aimerais bien que l’on se rapproche du système de formation inclusive dans son sens large, c’est-à-dire tous les enfants ensemble le plus longtemps possible, mais ce sera difficile. Incorporer les pratiques pédagogiques françaises sera aussi compliqué, car c’est une histoire longue de plus d’un siècle. On peut appliquer certaines ‘recettes’ chez nous, mais ce sera très difficile de reproduire le système entier, même si j’aimerais bien. »