Faits et événements Michel Houellebecq au Festival des écrivains à Prague

08-06-2005 16:25 | Václav Richter

Déconcertante, c'est ce qu'on pourrait dire de la visite éclair de Michel Houellebecq au Festival des écrivains à Prague. Le meilleur écrivain français de sa génération pour les uns, un provocateur sans scrupules pour les autres, est venu pour une seule soirée au théâtre Minor, il a lu un long passage de son livre et a répondu à quelques questions du public. Ses réponses, entrecoupées d'hésitations et de longs silences, ont révélé un esprit mariant l'originalité et la dérision avec la sincérité. Voici ce qu'il a dit à Vaclav Richter :

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Michel Houellebecq, photo: CTKMichel Houellebecq, photo: CTK La vie des héros de vos romans est souvent une suite de déceptions. Y a-t-il dans votre univers, qui est plein de pessimisme, aussi quelque chose qui permet d'espérer le bonheur, une lueur d'espoir?

"Je dirais que cela dépend des livres. Comme il y en a un seul qui est paru en Tchéquie, "Extension du domaine de la lutte", la réponse est simple: non radicalement aucune.

Et dans les autres livres ...?

"Oui, on peut dire que dans "Plateforme" le personnage central ne passe pas loin du bonheur."

Votre oeuvre a été qualifiée de scandaleuse, de pornographique etc. Vous considérez-vous comme l'homme par qui le scandale arrive? Le scandale, peut-il aider une oeuvre littéraire à s'imposer?

"Non, au bout du compte, ça ne cause que des emmerdements parce que cela déplaît beaucoup aux éditeurs et on finit par être surveillé de plus en plus près. Donc en réalité c'est plutôt un inconvénient pur, au bout d'un certain temps. En fait, le scandale ne dépend jamais tellement de soi. Finalement, ce n'est jamais très bien ce qui va scandaliser les gens, ce qui va provoquer des procès ..."

Vous obéissez donc tout simplement à votre vision du monde ?

"Ah oui. Enfin je n'obéis pas uniquement à ça. J'obéis aussi aux personnages. Un personnage, une fois que c'est commencé, c'est parfois plus lui qui commande que l'auteur. Bon, j'exagère un peu en disant ça, mais dire que l'auteur commande complètement ses personnages ce serait une autre exagération."

Vous heurtez-vous parfois dans votre création littéraire à la censure? Est-ce que vous êtes aussi obligé de pratiquer l'auto-censure?

"J'essaie de ne pas le faire."

Et vous réussissez à ne pas le faire?

"J'espère mais c'est épuisant, c'est une des choses les plus épuisantes dans le fait d'écrire un livre."

Aujourd'hui, vous vous trouvez à Prague, au pays de Kafka, de Hasek, de Hrabal et de Kundera. La littérature d'Europe centrale a-t-elle joué un rôle dans votre évolution littéraire?

"Honnêtement, je soupçonne qu'il existe quelque chose comme l'Europe centrale, mais finalement, à tort, je ne la différencie pas tellement du domaine allemand. En réalité, j'ai lu tous les livres de Kafka sans vraiment m'inquiéter de savoir d'où il était. Je savais juste que c'était traduit de l'allemand. C'était important parce que j'essayais de lire en allemand parfois. Et le fait qu'il n'appartient pas à l'Allemagne mais à une autre aire culturelle tout-à-fait différente, ne m'est apparu que récemment. Peut-être y a-t-il d'autres auteurs que je crois allemands et qui sont autrichiens ou tchèques, je ne sais pas. C'est possible."

Pourquoi avez-vous quitté la France. Pourquoi vivez-vous maintenant à l'étranger?

"Surtout pour changer. J'ai du mal à apprendre les langues étrangères et finalement je crois que j'avais envie d'apprendre l'anglais. Je crois que c'est la raison de base, la seule possibilité pour moi parce que je suis très mauvais en langues étrangères. Cela me demande des efforts énormes. C'était donc l'envie de vivre dans un pays où l'on parle anglais."

Quelle est jusqu'à présent votre impression de Prague?

"A vrai dire, mis à part le fait que c'est très beau, aucune. J'ai juste fait un tour dans le centre. Mais oui, c'est très beau ... "

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