Médecin, hydrogéologue et linguiste : ceux qui font la renommée de la Tchéquie à l’étranger

Quatorze personnalités et institutions ont été récompensées, en fin de semaine dernière, par le ministère des Affaires étrangères, pour avoir contribué à la bonne renommée de la République tchèque dans le monde. Radio Prague les a rencontrés.

Jiří Bystrický, photo: Ondřej TomšůJiří Bystrický, photo: Ondřej Tomšů « Ce prix représente un grand honneur pour le Sokol de Paris. C’est une reconnaissance du rôle qu’a joué cette branche parisienne du mouvement dans la création de l’Etat tchécoslovaque et dans l’histoire du pays en général. C’est aussi un encouragement pour nos membres plus jeunes. »

Le Sokol, ce mouvement sportif, culturel et patriotique tchèque qui existe à Paris depuis 1892, est un des lauréats 2018 du prix Gratias agit, décerné par le ministre tchèque des Affaires étrangères depuis une vingtaine d’années. Lors de la cérémonie qui s’est déroulée vendredi dernier au palais Černín, le représentant du Sokol de Paris Jiří Bystrický n’a pas caché son émotion, tout comme le chef de la diplomatie Martin Stropnický qui a notamment souligné le courage de huit citoyens russes, récompensés pour avoir protesté en août 1968 sur la place Rouge à Moscou contre l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie. Les trois derniers dissidents encore en vie ont fait le déplacement à Prague. On écoute le ministre Martin Stropnický :

« Je vous remercie, à tous les trois, d’avoir accompli cet acte de courage que vous avez payé si cher. Le fait de vous accueillir aujourd’hui à Prague et de vous voir en bonne forme physique et mentale me touche personnellement. Car moi aussi, j’appartiens à une génération qui a peut-être perdu les meilleures années de sa vie suite aux événements d’août 1968. »

Viktor Fainberg, photo: Ondřej TomšůViktor Fainberg, photo: Ondřej Tomšů Viktor Fainberg fait partie de ces trois ex-dissidents russes récompensés par la diplomatie tchèque. Interné pendant cinq ans en prison psychiatrique par les autorités soviétiques, il a ensuite émigré en France. On l’écoute :

« La République tchèque m’est toujours très proche de par son histoire. J’aime beaucoup votre pays. Pour moi, Prague n’est pas une ville comme les autres. J’y retrouve mes vieux amis. Etre ici, c’est un repos spirituel et intellectuel pour moi. Je vous souhaite de conserver votre indépendance. »

Kateřina Vlasáková se range elle aussi parmi les personnalités qui ont contribué par leur action à diffuser une image positive de la République tchèque. Devenue la première enseignante du tchèque en Espagne en 1988, elle dirige le Centre de langue modernes à Saint-Jacques de Compostelle :

« Le tchèque est toujours ma priorité, mais en tant que directrice du Centre, je m’occupe de toutes les langues que nous enseignons. Nous avons actuellement quatre étudiants de tchèque. La langue tchèque est aussi enseignée dans les universités de Grenade et de Madrid, dans le cadre des études slaves. Ce que nous proposons, ce n’est pas un enseignement philologique de la langue, mais des cours qui sont destinés aux étudiants et spécialistes de différents domaines, ainsi qu’au grand public. Evidemment, quatre étudiants, ce n’est pas beaucoup, surtout comparé au début des années 2000, où nous en avions une quarantaine, plus que le département du russe. A l’époque, le tchèque était une des langues les plus prisées et nous nous organisions un tas de projets tchéco-espagnols. Mais les Espagnols continuent à manifester de l’intérêt pour la République tchèque. Elle reste pour eux un pays attrayant. »

L'aide humanitaire tchèque en Jordanie

Martin Stropnický et Kateřina Vlasáková, photo: Ondřej TomšůMartin Stropnický et Kateřina Vlasáková, photo: Ondřej Tomšů Réputé à l’international, le programme d’aide humanitaire tchèque MEDEVAC remporte un vrai succès en Jordanie, où il a permis, rien qu’en 2017, de soigner sur place, par des médecins tchèques, presque 900 réfugiés syriens. Formé en Slovaquie et en République tchèque, le docteur Watheq Al-Qsous est un des principaux organisateurs de cette aide. Lui aussi a été récompensé par le prix Gratias agit :

« Tout a commencé il y a six ans. Mes collaborateurs et moi, nous avons rencontré des personnes de l’ambassade tchèque en Jordanie. Certains d’entre eux étaient mes patients. Dans le cadre du programme MEDEVAC, nous avons commencé à envoyer des gens blessés lors du conflit en Syrie en République tchèque, où ils étaient opérés et soignés. J’ai aidé à sélectionné ces patients qui, autrement, n’auraient aucun accès aux soins médicaux. Avec le temps, nous nous sommes rendu compte qu’il était plus efficace et moins coûteux de soigner ces malades en Jordanie que de les transporter en Tchéquie. Cette collaboration a énormément augmenté le prestige de la République tchèque en Jordanie. Aussi, les échanges commerciaux entre les deux pays se sont multipliés : désormais, les produits tchèques, que ce soit du matériel médical, des camions Tatra ou de l’équipement militaire, sont très demandés en Jordanie. »

Watheq Al-Qsous, photo: Ondřej TomšůWatheq Al-Qsous, photo: Ondřej Tomšů

L’hydrogéologue Jiří Šíma participe, depuis 1984, à la création de cartes d’eau souterraine en Ethiopie. Un programme qui permet de creuser des puits sur un territoire de plus d’un million de km² et qui devrait être achevé en 2019. A l’occasion de la cérémonie des prix Gratias agit, dont il est le lauréat, Jiří Šíma a défini en quoi consiste une certaine spécificité de l’aide tchèque au développement :

Jiří Šíma, photo: Ondřej TomšůJiří Šíma, photo: Ondřej Tomšů « Chaque travail à l’étranger, et notamment dans un pays en développement, nécessite une grande patience et une présence de longue durée. La République tchèque est pays qui ne peut pas investir des millions de dollars dans l’aide au développement. Mais ce qui est généralement très apprécié tant par les autorités tchèques que dans les pays récepteurs de cette assistance, c’est justement ce travail persévérant et de longue durée qu’effectuent les spécialistes tchèques dans le monde. »