Faits et événements Marc Clémeur : « Jenůfa, un drame universel »
L’Opéra national du Rhin à Strasbourg met Leoš Janáček particulièrement à l’honneur. Derrière cette envie de faire découvrir un compositeur parfois trop ignoré du public, hors des frontières de son pays, Marc Clémeur, le directeur de l’Opéra. Fin juin, la saison s’est achevée sur Jenůfa, mais la prochaine prévoit déjà d’autres œuvres de Janáček, comme l’a confié Marc Clémeur
Marc Clémeur, photo: www.operanationaldurhin.eu « Jenůfa est certes la fin de la saison 09-10, mais c’est avant tout le
début d’un cycle. Ce cycle sera dédié à Janáček que je trouve un
des plus grands compositeurs d’opéra du XXe siècle, pas toujours assez
reconnu comme tel par le grand public donc je crois qu’il était grand
temps de lui dédier tout un cycle. On va recommencer la saison prochaine
avec une nouvelle production de L’Affaire Makropoulos, l’année
d’après, il y aura Kaťa Kabánová et peut-être qu’on ira encore
plus loins après. »
Vous dites qu’il n’est pas assez reconnu du grand public. Comment expliquez-vous cette ignorance, ou en tout cas cette incompréhension ?
Jenůfa, photo: Alain Kaiser, www.operanationaldurhin.eu « Il a un langage musical qui n’est pas facile quand ont sait qu’à
la même époque il y avait encore Puccini et Strauss qui composaient.
Deuxièmement, la langue tchèque a longtemps posé problème. En
Allemagne, on a longtemps joué Janáček dans la traduction allemande de
Max Brod. Mais moi je pense que c’est une erreur de faire Janáček en
traduction parce que la langue est tellement liée au langage musical, au
rythme tchèque spécifique qu’il faut le faire en tchèque. Mais
aujourd’hui, avec les sur-titres, ce problème a été éliminée. Un
troisième élément est dû aux mises en scène. C’est pour cela que
j’ai choisi un aussi grand metteur en scène que Robert Carsen pour faire
ce cycle. Beaucoup de mises en scènes des oeuvres de Janáček que j’ai
pu voir restaient trop dans un certain folklore tchèque. Alors que ces
drames sont tellement importants ! Quand on voit la Kostelnička qui tue
l’enfant dans Jenůfa, ça fait penser à Médée qui tue ses enfants. Ce
sont presque des drames grecs qui dépassent un cadre de temps et de lieu.
C’est pour cela que j’ai choisi Carsen qui en fait des drames
universels. »
Quels ont donc été les choix de mise en scène, faits par Carsen ?
Jenůfa, photo: Alain Kaiser, www.operanationaldurhin.eu « Pour Jenůfa, il y a un dépouillement total. C’est un scène vide
sur laquelle se trouve de la vraie terre brune que vous voyez à la
campagne, dans les villages. Là-dessus se trouve un ensemble de portes et
de fenêtres qui sont bougées par les choristes et les figurants, qui en
font des configurations différentes pour suggérer parfois le cadre très
étroit dans lequel se trouve Jenufa qui n’est pas acceptée par la
population du village. A la fin, quand la Kostelnička confesse qu’elle a
tué l’enfant et que Laca et Jenůfa veulent commencer une nouvelle vie,
il y a une énorme pluie qui tombe sur la scène et les deux sont
mouillés, lavés par cette pluie, comme s’ils voulaient se défaire de
tout ce qui s’est passé auparavant, pour commencer une nouvelle vie. Il
faut le voir pour le croire ! »
En ce qui concerne le chef d’orchestre, comment avez-vous fait votre choix pour trouver quelqu’un qui aborderait Janáček de la meilleure façon qui soit ?
Jenůfa, photo: Alain Kaiser, www.operanationaldurhin.eu « Vous savez, notre théâtre n’est pas énorme. Nous avons 1200 places
et souvent, quand j’entends Janáček dans des théâtres de cette
taille, il y a le danger, puisque l’orchestration est très importante
dans Janáček, de couvrir les voix. C’est pour cela que j’ai cherché
un chef d’orchestre qui dirige Janáček d’une façon très analytique,
qu’on entende toutes les voix, que ça reste très transparent, un peu à
la façon d’un Pierre Boulez. Si vous entendez Wagner avec Pierre Boulez,
ça sonne complètement différemment de Wagner avec quelqu’un d’autre.
J’ai recherché un chef d’orchestre qui recherche lui aussi une énorme
transparence. C’est donc Friedemann Layer qui avait déjà dirigé
beaucoup de Janacek notamment à l’Opéra de Paris, qui fera tout ce
cycle. »
Donc L’Affaire Makropoulos et Kaťa Kabánová. Robert Carsen sera également à la mise en scène ?
« Absolument. Donc c’est vraiment un grand projet sur plusieurs années. »








