Manifestations anti-rom : une guerre de rues entre extrémistes et policiers

De nouvelles manifestations anti-rom ont eu lieu ce samedi dans huit villes tchèques, réunissant près de 2 500 activistes d’extrême-droite. La police a réussi à contrôler cette situation délicate, même si au total, près de 101 manifestants ont été arrêtés et 21 policiers ont été blessés. Si la plupart des manifestations se sont déroulées dans le calme, ce ne fut pas le cas dans la ville d’Ostrava, où la police a dû maîtriser une foule agitée de 1 200 manifestants.

Photo: CTKPhoto: CTK Des centaines de personnes se sont réunies ce samedi dans les villes de Plzeň, Jičín, České Budějovice, Děčín, Duchcov, Varnsdorf, Brno et Ostrava. Et c’est précisément dans la ville d’Ostrava, en Moravie-Silésie, que les choses se sont gâtées, dans la mesure où des extrémistes ont tenté d’accéder à une zone habitée par des membres de la communauté rom, en déviant du parcours initialement prévu et en scandant des paroles de haine. Il fallait ainsi se boucher les oreilles pour ne pas entendre des phrases du type « Laissez nous nous battre avec eux » (Pust’te nás na ně) ou encore le classique « La Tchéquie aux Tchèques ». Des pierres, des dalles, des barres de fer sont devenus des armes dans la main de certains de ces individus, dont les violences ont conduit à l’hospitalisation de 21 policiers. Certains des manifestants ont également été blessés dans les affrontements. Le chef de la police morave et silésienne, Tomáš Kužel, s’est exprimé sur l’évolution de la situation à Ostrava :

Photo: CTKPhoto: CTK « Lorsque les manifestants se sont dispersés spontanément, la police n’avait pas de raison d’intervenir, car ils n’avaient pas enfreint la loi. Mais une fois que l’attaque s’est produite, nous avions désormais une raison légale d’intervenir et c’est ce que l’on a fait. Des délits de violence contre un agent public, des perturbations de l’ordre public et des dommages corporels ont été constatés. »

Or les extrémistes n’ont pas été les seuls à manifester, car plusieurs dizaines d’habitants non affiliés à des mouvements racistes se sont joints à eux, exprimant leur mécontentement à l’égard de la communauté rom, en se plaignant essentiellement du tapage nocturne. Les manifestants d’extrême droite justifient ces marches, par le fait que, selon eux, la plupart des Roms toucheraient des allocations sans pour autant travailler. Mais il semble que leurs revendications soient essentiellement basées sur la peur, comme en témoigne les paroles de ce jeune manifestant néo-nazi de 19 ans :

« Si je dis à quelqu’un que je vais le tuer et qu’il ne me répond pas, alors j’ai la certitude qu’il a peur de moi, et donc je vais pouvoir me permettre autre chose. »

Photo: CTKPhoto: CTK Parallèlement, des contre-manifestations ont eu lieu à divers endroits. Comme dans le quartier de Vyšehrad à Prague, où la manifestation « Une Marche contre les Tchèques » était organisée par une initiative ironiquement appelé « Nous ne voulons pas de Tchèques en République tchèque ». Il s’agissait d’attirer l’attention sur la fâcheuse tendance de monter les Tchèques les uns contre les autres et de s’insurger simplement contre le racisme, l’intolérance et, ce que l’on peut appeler les « préjugés tchèques ». Lukáš Matoška, un jeune participant de l’une de ces contre-manifestations, donne son point de vue sur la situation :

« Ce qui se passe aujourd’hui dans les rues tchèques, et ce a à plusieurs endroits du pays, ne fait qu’inciter à d’autres sentiments haineux, et ne mène à absolument rien. »

Photo: CTKPhoto: CTK Si certains spécialistes mettent en garde contre une nouvelle tactique des extrémistes, qui se traduirait par une hausse du nombre de manifestations à divers endroits, afin de disperser les forces de l’ordre, la police ne sous-estime aucune information. A l’heure actuelle seulement trois manifestants de la ville d’Ostrava sont poursuivis par la justice et risquent une peine pouvant aller jusqu’à six ans de prison. Les 62 autres personnes arrêtées ont toutes été remises en liberté. Dans un climat de tension, il n’est pas possible de dire que la République tchèque a vécu le pire, car de nouvelles manifestations sont déjà en cours de préparation pour le mois de septembre.