Faits et événements Les Tchèques sympathisent avec les punkettes anti-Poutine
Un mur de 30 mètres de long a été dressé en début de semaine dans la partie basse de la place Venceslas, en plein centre de Prague. Un mur blanc sur lequel les passants, à commencer par le chef de la diplomatie tchèque Karel Schwarzenberg, ont pu inscrire des messages de soutien au collectif féministe russe punk Pussy Riot, dont trois membres sont actuellement incarcérés suite à une performance non-autorisée dans la cathédrale Saint-Sauveur de Moscou. La manifestation pragoise, ainsi qu’un happening auquel ont participé deux membres présumés du groupe, ont été organisés par l’association Opona, dans le cadre de la Semaine de la liberté, opération qui se déroule jusqu’à dimanche prochain à plusieurs endroits de la capitale tchèque.
Pussy Riot
Depuis l’automne dernier, le collectif Pussy Riot, formé pour promouvoir
les droits des femmes et la liberté d’expression en Russie, multiplie
des performances qui déplaisent fort aux autorités de Moscou. Le 21
février dernier, cinq membres du groupe en masques ont pénétré dans la
cathédrale Saint-Sauveur, pour y chanter une « prière punk », demandant
à la Vierge Marie de « chasser Poutine ». Une manière dont ces jeunes
mères de famille qui n’apparaissent en public qu’en cagoules, robes et
collants colorés, ont voulu dénoncer les liens étroits entre le futur
président Vladimir Poutine et l’Eglise orthodoxe. Un geste qui n’est
pas resté sans réponse : quelques jours plus tard, trois activistes des
Pussy Riot, Nadejda Tolokonnikova, Maria Alekhina et Ekaterina
Samoutsevitch ont été placées en détention provisoire pour « vandalisme commis en groupe organisé » dans l’attente de leur jugement
qui a été repoussé au 24 juin prochain.
Karel Schwarzenberg, photo: CTK
En République tchèque, comme dans d’autres pays, de nombreuses voix
revendiquent la libération des trois femmes. Lundi matin, le ministre
tchèque des Affaires étrangères, Karel Schwarzenberg, a été le premier
à inscrire sur le mur son petit mot encourageant : « Je vous admire
beaucoup. Soyez fermes. La Russie regagnera sa dignité et sa liberté.
Nous pensons tous à vous. »
Mardi après-midi, presque tout le mur était déjà recouvert de dessins et de messages en plusieurs langues étrangères : « All you need is love », « Putin, davay do svidaniya » (en français ‘Au revoir, Poutine’) peut-on y lire, de même que les mots de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient ».
Photo: CTK
Karolína va bientôt avoir dix-sept ans. Même si elle ne s’intéresse
pas particulièrement à la situation en Russie, l’emprisonnement de
trois femmes un peu plus âgées qu’elle ne la laisse pas indifférente :
« J’ai inscrit sur le mur : ‘Stay strong, have freedom, I pray for you’. Ce qui signifie ‘soyez fortes, ne vous laissez pas priver de votre liberté, je prie pour vous’. Je ne savais rien de ce groupe. Ce n’est qu’hier, en passant à côté de ce mur que j’ai appris qui étaient ces femmes et ce qu’elles font. Aujourd’hui, je suis revenue pour leur adresser un message. »
Martin Kotas représente l’association Opona qui organise la Semaine de la liberté. Il explique :
Photo: CTK
« En mettant en place cette installation, nous avons pensé à un autre
mur de Prague, au ‘mur John Lennon’ qui se trouve en face de
l’ambassade de France. Dans les années 1980, lorsqu’on y inscrivait
des messages dénonçant le régime totalitaire, il est devenu un symbole
de liberté. Au pied de ce mur étaient également organisés des concerts
non-autorisés. La Russie n’est pas un pays voisin, mais il nous est
quand même proche, de par notre histoire commune. En organisant cet
événement de soutien aux Pussy Riot, nous voulons juste faire savoir
qu’emprisonner des musiciens n’est pas normal. »
Photo: CTK
Tout au long de cette semaine, l’association Opona organise, dans une
quinzaine de cafés pragois, des débats autour de la liberté
d’expression. La deuxième édition de la Semaine de la liberté
s’achèvera ce week-end, par le festival de musique United Islands qui se
déroulera sur les îles de la Vltava. En l’occurrence, une partie du mur
dédié au groupe Pussy Riot sera exposé sur l’une d’entre elles,
l’île des Chasseurs. Enfin, les photos du mur seront reproduites sur des
cartes postales que les Pragois pourront envoyer au Kremlin, pour
s’assurer que le message est bien passé…








