Les Tchécoslovaques au goulag

Parmi les victimes du réseau des camps de concentration soviétiques appelé par Soljenitsyne « l’archipel du goulag », il y a eu beaucoup de Tchèques et de Slovaques. Ce chapitre mal connu de l’histoire est évoqué par une exposition que le public peut voir actuellement dans la galerie Montmartre de la Bibliothèque Václav Havel à Prague.

Les auteurs de l’exposition Jan Dvořák et Adam Hradilek ont réussi à réunir de nombreux documents d’archives, photos et objets authentiques liés à la vie dans les camps. Ils ont intitulé leur exposition « Les Tchécoslovaques au goulag ». Jan Dvořák explique quelles étaient les sources principales des documents exposés :

Jan DvořákJan Dvořák « Dans la section subcarpatique des archives de la police politique, le NKVD, nous avons réussi à trouver près de 8 000 dossiers de ressortissants tchécoslovaques qui ont tenté de traverser la frontière soviétique dans les années 1939-1940. Nous y avons trouvé des documents intéressants, des photos, des verdicts, etc. En ce qui concerne les habitants de la Ruthénie subcarpatique, on estime que 10 000 personnes ont traversé la frontière et ont été arrêtées. Quant au nombre total de Tchécoslovaques nous estimons qu’entre 1918 et 1956 près de 30 000 personnes ont été persécutées et la moitié a péri. »

La répression en Union soviétique a frappé plusieurs groupes de personnes liées à la Tchécoslovaquie. Dans les camps du goulag sont morts des milliers de Tchèques et de Slovaques dont les ancêtres s’étaient établis en Russie bien avant la révolution de 1917, mais aussi des prisonniers tchèques et slovaques de la Première Guerre mondiale. Parmi les victimes du goulag on compte également des centaines de militants de gauche partis en Union soviétique pour y construire le socialisme ou pour échapper aux persécutions nazies. Selon l’historien Adam Hradilek, un des auteurs de l’exposition, la chasse aux Tchécoslovaques a commencé dès les années 1920 :

Adam HradilekAdam Hradilek « La première vague des persécutions a déferlé sur le pays vers la fin des années 1920 avec la collectivisation de l’agriculture en Union soviétique. Cette vague a touché aussi des villages tchèques par exemple dans la région de Volhynie en Ukraine. »

Au cours et après la fin de la Deuxième guerre mondiale les autorités soviétiques déportaient aussi au goulag des juifs tchécoslovaques et des émigrés russes établis depuis l’entre-deux-guerres en Tchécoslovaquie. Un groupe à part parmi les victimes du goulag est constitué par quelque 70 000 anciens citoyens tchécoslovaques qui après l’annexion de la région des Sudètes par l’Allemagne nazie ont été enrôlés dans la Wehrmacht puis capturés en Union soviétique.

Les auteurs de l’exposition ont réuni un riche matériel historique et documentaire et enregistré aussi quelque quarante entretiens avec des personnes emprisonnées dans les camps du goulag. Ils ont utilisé aussi des documents audio réalisés par d’autres équipes d’historiens et chercheurs. Jan Dvořák précise :

« La majorité des personnes qui sont présentées dans le cadre de notre exposition a été condamnée pour passage illégal de frontières. Ils voulaient échapper aux persécutions nazies ou hongroises mais l’Union soviétique cherchait naturellement à se protéger contre l’afflux d’immigrés et ces gens-là ont été condamnés à des peines élevées. »

Pendant longtemps cette page sombre des relations entre la Tchécoslovaquie et l’Union soviétique était taboue et les parents des victimes n’avaient aucun moyen d’obtenir des informations sur le sort réservé à leurs proches. L’exposition « Les Tchécoslovaques au goulag » qui met en relief le sort de ces victimes, apporte peut-être un peu de réconfort à leurs familles qui peuvent se dire que le martyr de leurs proches n’est pas complètement oublié.

Photos : Miloš Turek