Faits et événements Les jeunes Tchèques sur la trace des déportés juifs
Les voisins disparus - tel est le nom d’un projet unique qui incite les élèves de 12 à 18 ans à retrouver, dans leur région, la trace des personnes d’origine juive disparues pendant la Deuxième Guerre mondiale. Lancé il y a dix ans par le Musée juif de Prague et l’association civique Les oubliés, le projet a mobilisé à ce jour pas moins de 200 lycées et collèges tchèques. Les résultats de leurs enquêtes, présentés sous forme de photographies, de documents d’époque et de courts commentaires sur une centaine de panneaux, sont au cœur d’une exposition itinérante, présentée en République tchèque et à l’étranger.
Eva Parmová est originaire de Štok, un petit village situé à une
centaine de kilomètres à l’est de Prague. En 2003, son collège a
rejoint le projet Les voisins disparus. Ils étaient huit enfants à
s’intéresser au destin de la famille Pachner, une famille de petits
distillateurs de Havlíčkův Brod, dont quatorze membres ont péri dans
les camps de concentration nazis. Eva, alors âgée de 13 ans, a réussi à
contacter les descendants des sept enfants de la famille Pachner,
installés au Canada, en Suisse et en Suède :
« Le fait de contacter, par Internet, les proches de cette famille a
été, à l’époque, quelque chose d’unique dans le cadre de ce projet.
Je crois que nous étions les premiers à procéder de cette manière.
C’était très osé de notre part… Aujourd’hui, je n’aurais pas le
courage de demander, par e-mail, à un inconnu si, par hasard, ses proches
ne sont pas morts dans un camp de concentration. Par ailleurs, nous avons
découvert des choses très intéressantes au niveau des liens familiaux :
ces gens-là sont proches de la famille de Gustav Mahler et des écrivains
tchèques František et Jiří Langer. »
Le projet Les voisins disparus est né de l’initiative du Musée Juif de Prague et de l’association Les oubliés, créée en son sein par Marta Vančurová. Elle explique :
« Nous étions contactés par de nombreux enseignants qui ne savaient pas
comment aborder, avec leurs élèves, la problématique de la Shoah. Au
total, environ 200 écoles ont déjà participé au projet, mais elles
n’ont pas toutes répondu à nos critères qui sont assez stricts : les
enfants doivent utiliser au moins trois sources d’information
différentes. Ils doivent consulter les archives régionales et communiquer
avec les autorités municipales auxquelles se sont justement adressés,
après la chute du communisme, les survivants de la Shoah qui recherchaient
leurs proches. Le but est de retrouver ces survivants et de les
interviewer. Et enfin de présenter le tout sous une forme adéquate et
d’ajouter aussi une réflexion personnelle. Ce projet a aussi une autre
dimension pédagogique : nous aidons les élèves à créer des panneaux
d’exposition qui font ensuite le tour du pays. Les élèves qui sont
déjà impliqués voyagent avec nous à travers le pays et racontent à
leurs camarades leurs enquêtes qui sont une véritable aventure pour eux.
Par la suite, d’autres établissements viennent s’ajouter… En fait,
ce projet remporte un succès inattendu, pour nous, les organisateurs, et
il vit sa propre vie. »
Marie Stojanovová a participé au projet en tant qu’étudiante du lycée de Chomutov, ville dans l’ancienne région des Sudètes, particulièrement marquée par la Deuxième Guerre mondiale :
« Chez nous, le projet est en cours depuis plusieurs années et de
nouveaux élèves continuent à le rejoindre. Dans notre région, nous
élargissons nos enquêtes à la population allemande, à son destin après
la guerre… Ce que l’on apprécie dans ce projet, c’est qu’il nous
apprend à penser autrement, à replacer les événements dans un autre
contexte. Personnellement, j’ai appris à traiter les informations, à
collaborer avec les autres, car nous étions dix à travailler dessus.
J’ai appris à mener un dialogue entre les générations… Et j’ai
appris peut-être aussi à être plus conciliante. Quand j’ai vu la force
intérieure des gens qui avaient vécu des horreurs pendant la guerre et
qui ont su les pardonner… Aujourd’hui, les gens n’en seraient pas
capables, je pense. »
Une autre étape du projet Les voisins disparus commencera dans quelques semaines : elle sera axée, cette fois, sur les victimes du régime communiste.








