Les frappes en Syrie ne font pas que l’unanimité à Prague

Après les frappes américaines, britanniques et françaises, en Syrie, dans la nuit de vendredi à samedi, la diplomatie tchèque a immédiatement exprimé son soutien à l’opération menée contre les sites de production et de stockage d’armes chimiques de Bachar al-Assad, tout comme la plupart des partis politiques. Sans grande surprise, la seule voix dissonante d’importance était celle du président tchèque Miloš Zeman. L’opération, menée sans mandat des Nations unies, semble ne pas avoir suscité une unanimité sans faille, même au sein du gouvernement.

Martin Stropnický, photo: ČTKMartin Stropnický, photo: ČTK Dès l’annonce de l’opération conjointe des forces armées américaines, britanniques et françaises en Syrie, la diplomatie tchèque a fait connaître sa position par la voix du ministre des Affaires étrangères, Martin Stropnický :

« J’insiste sur le fait que pour la République tchèque l’affaire est indiscutable : il s’agit d’un message très clair à tout un chacun, à toute personne qui souhaiterait continuer à utiliser des armes chimiques, que ce soit en Syrie ou ailleurs. Il existe une frontière très claire qu’on ne peut pas franchir. Je tiens à le dire à l’adresse de ceux qui vont spéculer si ces frappes étaient appropriées ou pas. Je pense que le monde entier a été touché par les images de la Douma qui ont été diffusées ces derniers jours. Que le régime syrien ait utilisé des armes chimiques, c’est un fait incontestable. »

Le secrétaire d’Etat américain, John Sullivan, pour sa part, a remercié dès dimanche la République tchèque pour son soutien, rappelant à cet égard le rôle important joué par l’ambassade tchèque à Damas, seule représentation diplomatique européenne encore en place dans le pays en proie à une guerre civile meurtrière depuis 2011.

Le Centre de recherche et de développement Barzah en Syrie le vendredi 13 avril 2018 et le dimanche 15 avril, à la suite d'une attaque de missiles alliés dirigée par les États-Unis, photo: ČTKLe Centre de recherche et de développement Barzah en Syrie le vendredi 13 avril 2018 et le dimanche 15 avril, à la suite d'une attaque de missiles alliés dirigée par les États-Unis, photo: ČTK L’ambassadrice tchèque Eva Filipi joue un rôle clé sur place, assurant un rare canal d’échange entre l’Union européenne, voire les Etats-Unis, et le régime de Bachar al-Assad, tout en permettant la distribution de l’aide humanitaire internationale, là où cela est possible. A cet égard, la ministre de la Défense Karla Šlechtová s’est voulue rassurante sur la situation des ressortissants tchèques présents dans la région :

« Nous nous sommes assurés de la sécurité de nos soldats présents sur le plateau du Golan. En coopération avec le ministère des Affaires étrangères, nous avons également établi que nos ressortissants présents à l’ambassade de Damas étaient en sécurité. Je suis en contact direct avec madame Filipi. Tous vont bien, qu’il s’agisse des soldats ou des civils tchèques. Enfin, je tiens encore à préciser aux citoyens tchèques que la sécurité de notre pays n’est pas menacée. »

Sur l’échiquier politique tchèque, la plupart des partis politiques ont exprimé leur soutien, à l’exception des sociaux-démocrates et du Parti pirate. Si dans un premier temps, le chef du gouvernement démissionnaire Andrej Babiš, a qualifié les frappes d’ « inévitables », il a toutefois mis de l’eau dans son vin pendant le week-end, notamment après sa rencontre avec le chef de l’Etat, Miloš Zeman, estimant que tant les ministres des Affaires étrangères et de la Défense s’étaient un peu emballés dans leurs réactions :

Andrej Babiš, photo: ČTKAndrej Babiš, photo: ČTK « Les frappes visaient de supposés sites de production d’armes chimiques, et c’est évidemment une bonne chose. Mais ça ne règle pas le problème de la Syrie et de ses habitants. C’est pourquoi je pense que la voie diplomatique devrait être favorisée. Nous devons chercher une solution pacifique. L’escalade des relations entre les Etats-Unis et la Russie n’est pas bonne du tout. »

La critique la plus virulente est venue du Château de Prague, d’où le président Miloš Zeman a qualifié les frappes de vendredi d’« action digne de cow-boys ». « Toute attaque militaire contre un pays tiers ne peut être menée qu’avec un mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, » a martelé le président tchèque, oubliant un peu rapidement, comme l’ont souligné certains observateurs, que la Russie, dont il est proche, ne s’en était elle-même pas embarrassée lors de son intervention militaire en Ukraine et de son annexion de la Crimée…