Faits et événements Les fonctionnaires communistes de 1968 échappent à la justice
Deux hauts fonctionnaires du régime communiste tchécoslovaque, en 1968, viennent d'échapper à la justice. Alain Slivinsky.
Jozef Lenart (a gauche) et Milous Jakes (Photo: CTK)
Janvier 1968... dans l'ancienne République socialiste tchécoslovaque, c'est une
révolution : les réformistes du Parti communiste et leur tête de file, Alexander
Dubcek, prennent le pouvoir. Au mois d'août de la même année, le Printemps de
Prague fait long feu... sous la pression des chars soviétiques ! Qui est
responsable de l'arrivée des armées du pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, des
dizaines de morts tchèques et slovaques protestant contre l'invasion ? Plus de
trente ans après la tragédie tchécoslovaque, qui a commencé dans la nuit du 21
août 1968, la réponse est aberrante : Personne ! Personne, ni Milous Jakes,
vice-ministre de l'Intérieur à l'époque, ni Jozef Lenart, haut fonctionnaire du
parti... Une page de l'histoire est tournée. Ainsi en a décidé le tribunal de
Prague, en instance. Le procès, qui a commencé la semaine dernière, lundi, a
tranché : accusés de crime de haute trahison, les deux fonctionnaires de
l'ancien Parti communiste de Tchécoslovaquie sont innocents ! Ils n'ont commis
aucun crime, car ils n'ont pas violé les lois en vigueur, à l'époque, en
République socialiste de Tchécoslovaquie. Argument de la juge, maître Hana
Hrncirova, qui a libéré les accusés, et qui n'a pas connu cette époque tragique
: le devoir de la justice n'est pas de juger l'histoire, mais seulement le
respect des lois. Pourquoi pas ? La loi, les lois instituées par la civilisation
humaine sont ainsi faites.
Milous Jakes (a gauche) et Jozef Lenart (Photo: CTK)
Milous Jakes, secrétaire général du PCT, encore avant
la Révolution de velours de 1989, affirme avoir défendu le socialisme dans son
pays. Retraité, aujourd'hui, comme Jozef Lenart, il peut se sentir innocent,
injustement poursuivi en justice. C'est son droit. Il a respecté les lois du
régime totalitaire institué en 1948 par les communistes tchèques et slovaques.
Aujourd'hui, plus de Tchécoslovaquie, socialiste ou autre. Coïncidence : Jakes
est Tchèque, Lenart Slovaque. Tous deux sont innocents du crime de haute
trahison. Que peuvent en penser les proches des victimes de l'agression des
armées du pacte de Varsovie en 1968 ? Les victimes de la répression, pendant
vingt longues années de la période de « normalisation », selon le langage
communiste ? Petruska Sustrova, dans le quotidien national, Lidove noviny, donne
la réponse : devant la loi, ils sont innocents. Oui, mais devant l'histoire, ils
sont coupables : au moment où des citoyens tchèques et slovaques mourraient sous
les balles soviétiques, ces deux fonctionnaires négociaient la légalisation de
l'occupation de leur pays, à l'ambassade soviétique. Pacte de Varsovie, pays
frère, prolétariats du monde entier chantant l'Internationale. Oui, mais cela
s'appelle une trahison, en bon langage d'espion, collaboration avec une
puissance étrangère.







