Faits et événements Les films étroitement surveillés de A. J. Liehm
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A. J. Liehm, photo: CTK
Bien que fixé, depuis 1968, à Paris, le journaliste, critique de
cinéma, traducteur et professeur d'université, Antonin Jaroslav
Liehm, est un personnage très en vue de la culture tchèque. Son
nom est lié surtout à la fameuse revue culturelle et politique,
Lettre internationale, qu'il a fondée en 1984, à Paris, et qui
paraît actuellement dans huit pays européens. Dès que M.
Liehm, 77 ans, arrive à Prague, ses collègues journalistes
s'empressent de l'interviewer. Il est un fin observateur, un
critique impitoyable de la société tchèque, qu'il s'agisse de la
politique, de la littérature ou... du cinéma, domaine, dans
lequel il se sent comme un poisson dans l'eau. Mardi dernier,
Antonin J. Liehm a présenté, au cinéma pragois Ponrepo, son
livre Les films étroitement surveillés sur le cinéma tchèque des
années 60, un accent particulier étant mis sur la nouvelle vague
représentée par les noms tels que Vojtech Jasny, Jaromil Jires,
Milos Forman, Jiri Menzel ou Vera Chytilova. Cette génération
que Antonin Liehm appelle "miraculeuse" a créé des films
inoubliables, auréolés d'un tas de prix dans le monde entier.
Comme, par exemple, le film Josef Kylian des réalisateurs Jan
Schmidt et Pavel Juracek, que l'on a pu revoir, mardi, avant la
présentation du livre. Les films étroitement surveillés sont donc
un recueil d'entretiens d'Antonin Liehm avec une trentaine
d'enfants prodiges du cinéma tchèque et slovaque. Ces
interviews, réalisées à la veille du Printemps de Prague, nous en
disent beaucoup sur cette période exceptionnelle, où, comme
disait Jaromil Jires, les Tchèques n'étaient pas libres, mais ils
avaient de l'espoir, alors qu'aujourd'hui, ils vivent l'inverse...
Les films étroitement surveillés ont paru, pour la première fois,
en anglais, à New York, en 1974. Ce n'est que maintenant,
douze ans après la Révolution de velours, que cet ouvrage
remarquable a trouvé son éditeur tchèque, les Archives
nationales du cinéma. Mardi après-midi, devant une salle
bondée de cinéastes et de journalistes, Antonin J. Liehm a dit :
"A-t-il un sens le fait de publier un livre, né il y a plus de trente ans ? Je pense que oui. Ce livre, ce n'est pas l'histoire du film tchèque, c'est de l'archéologie. Je trouve très important que 12 ans après la chute du communisme, les gens aient, enfin, une possibilité de voir comment nous avons, à l'époque, réfléchi. Comment étaient ceux qui ont fait les années 60. On m'a demandé d'interviewer les mêmes cinéastes, ceux qui sont encore en vie, maintenant. J'ai refusé. Ce qui fait le charme de ce livre, c'est le fait qu'on ne savait pas ce qui allait se passer, comment les années 60 allaient se terminer."







