Faits et événements Les Eglises sont remontées contre le parti social-démocrate
Les représentants de trois cultes en République tchèque ne sont pas contents et ils le disent. C’est une affiche du Parti social-démocrate tchèque (ČSSD) qui fait polémique. Sur celle-ci, on voit très clairement qu’un sac rempli de billets est tendu vers une main qui, à n’en pas douter, est celle d’un clerc. La légende nous explique que les partis de la coalition gouvernementale de droite ODS et TOP 09 veulent faire cadeau de 134 milliards de couronnes (plus de cinq milliards d’euros) aux Eglises, en référence à la loi de restitutions des biens à 17 cultes en République tchèque. Catholiques, juifs et protestants n’ont pas apprécié ce qu’ils considèrent être une campagne « de propagande ».
La loi de restitution des biens aux Eglises n’en finit pas de faire
débat. Celle-ci prévoit la restitution à 17 cultes en République
tchèque de 56 % des biens qu’ils s’étaient vus expropriés durant la
période communiste. Ces Eglises devraient recevoir en plus une enveloppe
de 56 milliards de couronnes (un peu plus de deux milliards d’euros) en
compensation des biens ne pouvant être restitués, afin de pouvoir être
économiquement indépendantes à l’horizon 2030. La loi, préparée par
la coalition gouvernementale de droite, a été adoptée à la Chambre des
représentants début juillet, un vote qui a été maintes fois repoussé.
C’est au tour du Sénat de se prononcer, or les sociaux-démocrates y
sont majoritaires, et comme les communistes, ils sont opposés à ce texte
de loi qu’ils considèrent être un cadeau trop important fait aux
Eglises dans une période de crise économique qui ne s’y prête pas. Et
assez logiquement, une commission sénatoriale conseillait mercredi dernier
aux membres du Sénat de rejeter la loi. La campagne d’affiche du Parti
social-démocrate n’arrange rien. C’est plus que ne pouvaient en
supporter les représentants des catholiques, des protestants et des juifs
de République tchèque. Aussi, la Conférence épiscopale tchèque, le
Conseil de l’Eglise œcuménique et la Fédération de la communauté
juive ont publié jeudi une déclaration commune dans laquelle ils
critiquent vivement la campagne du Parti social-démocrate qui nuirait
selon eux « aux fondements mêmes de la démocratie ». Milan Badal est le
conseiller de l’archevêque et cardinal Dominik Duka, lequel est
également président de la Conférence épiscopale tchèque. Il est très
remonté contre les sociaux-démocrates :
Milan Badal, photo: www.ado.cz
« Ce sont des slogans populistes et tout simplement de la démagogie. Il
s’agit de deux millièmes du budget de l’Etat, donc les dépenses
budgétaires ne peuvent pas être menacés, que ce soient les dépenses
pour les retraites, les dépenses de santé et ainsi de suite. Le Parti
social-démocrate sait bien que ce qu’il affirme est faux. »
Même son de cloche du côté du président de la Communauté juive de Prague, František Bányai, qui estime que les sociaux-démocrates ont une vision manichéenne de la restitution des biens aux Eglises :
František Bányai
« Cette campagne ne dit rien sur le thème de la restitution. Elle
diffuse des positions négatives qui engendrent la jalousie et le sentiment
que quelqu’un reçoit plus qu’il ne le devrait. Il n’est pas possible
de faire une campagne aussi orientée, aussi négative. Elle ne profite à
personne et le registre de l’émotion sur laquelle elle joue aurait
besoin d’une approche plus terre-à-terre. »
Les sociaux-démocrates considèrent pour leur part que les représentants de ces trois cultes ont tort de faire l’amalgame entre la question de la liberté de culte, qu’ils ne remettent absolument pas en cause et la question de la restitution de biens publics, qui mérite, selon eux, débat. Surtout ils n’ont pas supporté les allégations du cardinal Dominik Duka qui assimile la campagne d’affiches du parti de Bohuslav Sobotka, à celle « antisémite et anticléricale du régime nazi » et ajoute qu’elle serait inspirée par « les idéologues rouges de Gottwald », président de la Tchécoslovaquie communiste de 1948 à 1953 et stalinien pratiquant. Lubomír Zaorálek, le vice-président du Parti social-démocrate a réagi peu après la déclaration commune des Eglises qu’il n’a visiblement pas du tout appréciée :
Lubomír Zaorálek, photo: www.cssd.cz
« Il m’apparaît que Monsieur le Cardinal s’est permis quelque chose
qui relève au minimum du mauvais goût. Quand il assimile la conduite du
Parti social-démocrate à une chose telle que l’argumentation et la
propagande du troisième Reich, cela me touche vraiment. Surtout venant de
représentants du culte catholique dont le rôle pendant la Seconde guerre
mondiale n’est pas clairement établi. Cela me semble scandaleux et de
très mauvais goût. »
L’opposition considère pour sa part que la campagne des sociaux-démocrates s’inscrit dans la lutte préélectorale en vue des élections régionales et sénatoriales d’octobre prochain. Cette passe d’armes traduit sans doute un climat qui n’est pas encore apaisé dans la relation qui lie la religion à l’Etat, car si les sénateurs mettent leur veto au projet de loi, les députés, en seconde lecture, ont de fortes chances de l’approuver définitivement.








