Les Décrets du Président Benes - actualité européenne

Les Décrets du Président Benes, datant de 1945, déclarés éteints par les gouvernements tchèque et allemand, en 1997, car ils concernent, aussi, les Allemands des Sudètes, continuent d'être examinés. Alain Slivinsky.

Président Benes signe le décretPrésident Benes signe le décret Une relique du passé, enterrée par la Déclaration signée par la Tchéquie et l'Allemagne, en 1997, a refait surface : Les Décrets du Président Benes. Face à la polémique déclenchée autour de ces décrets, qui avaient force de loi, à leur époque, même le président de la République, Vaclav Havel, a jugé bon de se prononcer. Dans un article publié par les grands quotidiens européens, tels que Le Monde, le Süddeutsche Zeitung, le Neue Züricher Zeitung, la Gazeta Wyborcza, le quotidien slovaque Sme ou le Magyar Hirlap hongrois, il défend l'image de président tchécoslovaque, Edvard Benes. Selon Havel, Benes représentait les meilleures traditions européennes, dans les années trente. Nous citons :

 « Il a été le co-fondateur des Nations unies, a contribué à la construction de relations pacifiques entre les Etats et a mis en garde contre la montée du fascisme ».

Vaclav Havel rappelle aussi que le Président Benes avait ressenti une frustration intense, après l'adoption du diktat de Munich par les grandes puissances de l'époque. Il avait décidé de ne plus permettre une telle chose. Les décrets signés par le Président Benes avaient force de loi, à l'époque. En effet, la Seconde Guerre mondiale venait de prendre fin, et la situation était des plus troubles, dans la Tchécoslovaquie reformée, après la période du protectorat de Bohême et Moravie et de l'Etat slovaque pro-allemand.

Havel de conclure que, malheureusement, la vieille image de l'ennemi est revenue à l'ordre du jour, en Europe centrale, ces derniers temps. Intéressant de constater qu'alors que l'expertise de l'Union européenne affirme que les Décrets du Président Benes n'ont plus aucune valeur juridique, actuellement, la ministre des Affaires étrangères autrichienne, Madame Ferrero-Waldner, soutient qu'ils sont toujours valables, dans le cas des restitutions, car ils donnent la priorité aux Tchèques... La scène politique tchèque vient d'adopter une position univoque à l'égard des fameux décrets. Les représentants des cinq formations politiques tchèques représentées au Parlement viennent d'opter pour une déclaration commune. Selon le ministre des Affaires étrangères, Jan Kavan, son texte devrait rassurer les citoyens tchèques préoccupés par des voix émanant d'Autriche et d'Allemagne, demandant la restitution des biens confisqués aux Allemands des Sudètes, après la Seconde Guerre mondiale. Cette déclaration doit, aussi, persuader les partenaires étrangers de la République tchèque que les décrets font, certes, toujours partie de la législation tchèque, mais qu'ils sont, également, relégués au passé et ne peuvent donc être appliqués, aujourd'hui. Le texte de cette déclaration devrait être soumis au vote de la Chambre des députés, lors de sa prochaine séance. Le président de la social-démocratie, au pouvoir, Vladimir Spidla exclut le compromis : « Le but est que la Chambre, en tant que représentant de la volonté politique de l'Etat tchèque, exprime une claire position à l'égard de ce sujet sensible ». Le leader de la principale formation de l'opposition, le Parti civique démocrate, Vaclav Klaus, président de la Chambre des députés, s'est, lui aussi, prononcé pour l'adoption du texte en question. Est-il encore nécessaire, comme le soulignent certains médias, de rappeler que les Allemands des Sudètes ont déjà été dédommagés par l'Allemagne ?