Les contours du gouvernement minoritaire d’Andrej Babiš se précisent

Le Premier ministre social-démocrate Bohuslav Sobotka a présenté, ce mercredi, la démission de sa coalition gouvernementale tripartite au président de la République, Miloš Zeman, comme le veut l’usage après les élections législatives. Cette démission de courtoisie précède la nomination annoncée, la semaine prochaine, d’Andrej Babiš, leader du mouvement ANO vainqueur des élections en octobre dernier, nouveau Premier ministre.

Bohuslav Sobotka, photo: ČTKBohuslav Sobotka, photo: ČTK Introduite en janvier 2014, la coalition de centre-gauche formée par le parti social-démocrate (ČSSD), le mouvement populiste de tendance libérale ANO et le parti chrétien-démocrate (KDU-ČSL), qui arrive au bout de sa mission suite à la session inaugurale de la nouvelle Chambre des députés la semaine dernière, s’est réunie ce mercredi d’abord donc pour entériner sa démission. Au programme de cet avant-dernier Conseil des ministres – un dernier étant encore prévu la semaine prochaine – ne figuraient que quelques points sans très grande importance, comme par exemple la nomination de cinquante-deux nouveaux professeurs d’université. Comme en convient le Premier ministre Bohuslav Sobotka, il ne s’agit désormais plus pour son cabinet que d’expédier les affaires courantes :

« Nous ne prendrons plus de décisions conceptuelles ou touchant au long terme. Nous gérons les affaires dont le traitement ne peut être remis à plus tard, notamment au niveau international et de l’agenda européen. Au niveau législatif, certaines choses doivent également être réglées et adoptées d’ici à la fin de l’année, et là aussi encore une fois essentiellement en lien avec notre qualité de pays membre de l’Union européenne. Tout retard pris dans le règlement de ces dossiers pourrait avoir des conséquences fâcheuses pour la République tchèque. »

Bien que démissionnaire, le cabinet sortant et son chef Bohuslav Sobotka, présent récemment à Bruxelles pour relancer le projet de Partenariat oriental et à Budapest pour le sommet « 16+1 » avec la Chine, assureront donc encore la conduite du pays jusqu’à la nomination du prochain gouvernement. Celle-ci devrait intervenir très rapidement, comme l’a confirmé, mardi, Andrej Babiš, après sa rencontre au Château de Prague avec le président Zeman :

Andrej Babiš, photo: ČTKAndrej Babiš, photo: ČTK « Le président m’a confirmé qu’il me nommerait bien Premier ministre le 6 décembre. Je l’ai aussi convaincu de nommer le gouvernement un peu plus tôt que ce qui avait été initialement envisagé, concrètement dès le 13 décembre, et ce de façon à pouvoir participer au sommet européen prévu les 14 et 15 décembre. »

Bien que l’identité des candidats à l’exercice des fonctions de ministre n’ait pas été communiquée aux médias, on sait néanmoins que ce nouveau gouvernement sera composé de quatorze ministres, soit deux de moins que dans le gouvernement précédent. Parmi eux, cinq représentants du mouvement ANO seront chargés d’assurer une certaine continuité avec le travail mené ces quatre dernières années sous les ordres de Bohuslav Sobotka. Concrètement, Richard Brabec, Dan Ťok et Robert Pelikán devraient poursuivre leur mission à la tête respectivement des ministères de l’Environnement, des Transports et de la Justice, tandis que Martin Stropnický troquerait son tablier de ministre de la Défense pour celui de ministres des Affaires étrangères et que Karla Šlechtová, responsable jusqu’alors du Développement régional, se verrait confier la direction de la Défense.

Ce nouveau gouvernement, qui sera bien minoritaire comme annoncé depuis quelque temps déjà (cf. : www.radio.cz/fr/rubrique/faits/andrej-babis-projette-de-former-un-gouvernement-minoritaire), s’appuiera pour le reste sur neuf nouveaux ministres, dont certains qualifiés d’experts par Andrej Babiš, sont sans appartenance au mouvement ANO. Quatre femmes siègeront également en son sein, soit une présence record dans l’histoire de la République tchèque, même si elles sont finalement deux de moins qu’espéré dans un premier temps par Andrej Babiš.

La Chambre des députés, photo: Filip JandourekLa Chambre des députés, photo: Filip Jandourek Une fois nommé, le 13 décembre prochain donc, ce nouveau gouvernement disposera de trente jours pour solliciter la confiance de la Chambre des députés. Bien qu’une simple majorité, soit nécessaire pour cela, le mouvement ANO, dont les membres occupent 78 des 200 sièges de députés, ne dispose pour l’heure toujours du soutien d’aucun des huit autres partis représentés à la Chambre basse du Parlement. Andrej Babiš ne désespère cependant pas de parvenir à ses fins. Pour cela, le futur Premier ministre entend s’appuyer notamment sur le soutien sans participation au gouvernement des communistes et du parti d’extrême droite SPD, les premiers ayant déjà fait savoir qu’ils étaient prêts à tolérer ce mode de fonctionnement.