Faits et événements L’élite politique tchèque est divisée sur l’opportunité d’une intervention occidentale en Libye
L'ex-président Václav Havel a appelé à une opération militaire des pays occidentaux en Libye, en cas de poursuite de la guerre civile, dans une interview publiée dans l’édition de lundi du quotidien économique Hospodářské noviny. De son côté, le président en fonction, Václav Klaus, a exprimé son ferme désaccord, tandis que le gouvernement adopte une position prudente sur la question et refuse pour l’instant toute intervention armée.
Václav Havel, photo: CTK
« En particulier, si la guerre civile se prolonge, si Kadhafi s'accroche
au pouvoir et commet de nouveaux crimes, une opération sera nécessaire », a déclaré Václav Havel. Une telle opération « peut avoir
différentes formes : aide aux insurgés, blocus de l'espace aérien ou
attaques ciblées contre les endroits où Kadhafi se cache », a expliqué
l’ancien président de 74 ans. Citant l'exemple des frappes de l'OTAN en
Serbie en 1999, Václav Havel a estimé que « certaines choses ne
pourraient être ajournées trop longtemps » et que l'Occident « devrait
agir vite, en regardant vers l'avenir avec intelligence ».
Le président Václav Klaus a immédiatement réagi à ces propos en se
distançant clairement des propos de son prédécesseur :
Václav Klaus, photo: CTK
« Je suis en désaccord avec l’ancien président sur bien des choses.
J’étais opposé à lui d’une manière virulente lorsqu’il souhaitait
bombarder Belgrade et dans le cas présent je suis une fois de plus en
désaccord avec lui. »
Comme le rappelle Václav Klaus, ce n’est pas la première fois que les deux personnalités ont un avis opposé, en particulier lorsqu’il s’agit d’une intervention armée. Václav Havel avait soutenu l’intervention américaine en Irak en 2003, estimant alors que le régime irakien et ses « armes de destruction massive » constituaient une menace pour le monde. Le président Klaus pensait, lui, que la démocratie ne peut s’imposer de manière coercitive et qu’il était par conséquent contre l’intervention en Irak. Nous avons donc affaire à deux conceptions du monde radicalement opposées. L’ancien président semble attaché au concept du droit d’ingérence tandis que l’actuel pense que les interventions étrangères sont nuisibles et que les peuples doivent se libérer par eux-mêmes.
Libye, photo: CTK
Par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères, Karel
Schwarzenberg, le gouvernement tchèque a accordé, ce mardi, un entretien
au quotidien Lidové noviny. Le chef de la diplomatie se prononce à
l’heure actuelle contre une intervention, il pense que c’est une
affaire libyenne. Karel Schwarzenberg pense également qu’une
intervention prématurée d’une armée étrangère ne ferait
qu’aggraver les choses. Lundi, à la télévision tchèque, il a affirmé
que Václav Havel ne disposait pas de toutes les dernières informations.
Fin février déjà, le ministre des Affaires étrangères avait exprimé
ses doutes sur la nature de l’opposition à Kadhafi :
Karel Schwarzenberg, photo: CTK
« Nous ne savons pas qui sera au pouvoir en Libye. Nous n’avons pas la
moindre idée si un nouveau pouvoir se mettra en place. Il y a, paraît-il,
une nouvelle autorité à Benghazi mais nous ne savons pas qui ils sont. »
Les derniers événements donnent plutôt raison à Karel Schwarzenberg. L’issue des combats est toujours incertaine et même si les dernières informations font état d’un possible départ négocié de Kadhafi, la situation reste floue et n’aide pas les pays occidentaux dans leurs prises de décisions.






