Le Sénat tchèque approuve l’usage thérapeutique du cannabis

Le Sénat tchèque a approuvé mercredi une loi, déjà adoptée par les députés, sur l’usage thérapeutique du cannabis. Objectif de cette loi : permettre à certains patients atteints de maladies graves d’atténuer leurs souffrances.

Photo: CTKPhoto: CTK La République tchèque n’est certes pas le premier pays à légaliser l’usage thérapeutique du cannabis, mais aux côtés de pays tels que les Pays-Bas, l’Allemagne, ou Israël, elle fait néanmoins figure de pionnière au vu des nombreuses réticences qui entourent la question.

Cette loi est destinée à soulager les souffrances de patients atteints de maladies graves, qui jusqu’alors devaient parfois se procurer du cannabis dans l’illégalité. Tomáš Zima, doyen de la faculté de médecine de Prague :

« Le cannabis peut aider les patients qui souffrent de douleurs chroniques, qui ont des problèmes neurologiques ou oncologiques. Dans certains cas, il y a des problèmes d’inappétence. »

Approuvée par 67 sénateurs sur 74 présents lors du vote, la loi doit encore être signée par le président de la République pour entrer en vigueur. Le président sortant Václav Klaus devrait encore avoir le temps d’apposer sa paraphe en bas du document avant de passer les rênes à son successeur Miloš Zeman.

Si le cannabis pourra donc être prescrit à certains patients, il ne pourra être délivré que sur ordonnance électronique pour empêcher les abus. Pourtant, selon certains législateurs, si la loi est un grand pas en avant pour les patients, le problème reste pour l’heure le prix élevé de ces soins alternatifs.

Alena Gajdůšková, photo: Jana ŠustováAlena Gajdůšková, photo: Jana Šustová La situation est donc paradoxale : auparavant, le cannabis même thérapeutique était illégal, mais abordable, désormais, il sera légal, mais onéreux : avec 300 Kc pour un 1 gramme, un patient usager journalier pourrait devoir débourser jusqu’à 10 000 Kc par mois. Des sommes faramineuses que regrettent certains, comme Alena Gajdůšková vice-présidente du Sénat, et membre du parti TOP 09 :

« Ces médicaments, s’ils ont un effet positif et s’ils doivent aider, ne peuvent pas n’être qu’un produit de luxe. » Du côté des médecins aussi, on appelle à plus de souplesse :

« Pour certains diagnostics, le remboursement devrait être combiné c’est-à-dire qu’une partie devrait être remboursée comme n’importe quel autre analgésique, par la caisse d’assurance maladie. »

Pavel Bém, photo: Alžběta Švarcová, ČRoPavel Bém, photo: Alžběta Švarcová, ČRo Les raisons de ces prix élevés : notamment le fait que dans un premier temps, la République tchèque va importer le cannabis d’Israël pendant un an jusqu'à ce que l'Institut national de contrôle des médicaments commence à délivrer des licences, valables cinq ans au maximum, à des planteurs locaux. Pavel Bém, député ODS, co-auteur du projet de loi :

« Dans un deuxième temps, on devrait commencer à produire du cannabis, ce qui garantirait un prix beaucoup plus bas que les prix d’importation. C’est une condition sine qua non. »

A noter encore que la République tchèque est l'un des pays européens les moins répressifs vis-à-vis du cannabis. Les personnes qui possèdent jusqu'à 15 grammes de marijuana ou font pousser chez eux jusqu'à cinq plants ne risquent qu'une amende.